Huit navires arraisonnés en 13 jours : l’innovation tactique déployée par le Sénégal et trois pays voisins

Du 9 au 22 février dernier, les eaux de l’Afrique de l’Ouest ont été le théâtre d’une vaste traque maritime conjointe. Coordonnée entre le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et le Cap-Vert, l’opération baptisée « Espadon » ciblait spécifiquement la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Le bilan, présenté ce vendredi 27 février par la Commission Sous Régionale des Pêches (CSRP), met en lumière une efficacité opérationnelle marquant une rupture avec les pratiques antérieures.

Selon les informations de Sud Quotidien, cette offensive de treize jours s’est soldée par l’arraisonnement de huit navires de pêche industrielle. Ce résultat s’explique par l’abandon des méthodes traditionnelles de contrôle. Au lieu de procéder à des ratissages aléatoires — qui laissaient souvent le temps aux navires en infraction de s’alerter par radio dès la sortie d’un patrouilleur du port —, les autorités maritimes ont opté pour le ciblage par satellite couplé à l’analyse de données.

Cette nouvelle approche a été mise en œuvre avec l’assistance technique de l’Agence européenne de contrôle des pêches. Ibrahima Salif Sylla, coordonnateur du pôle suivi, contrôle et surveillance de la CSRP, explique que les patrouilleurs ont pu se diriger directement vers des cibles suspectes préalablement identifiées depuis l’espace. Cette méthode permet non seulement d’augmenter le taux d’interception, mais également de réduire de manière significative les dépenses en carburant pour les États mobilisés.

Sur le terrain, la répartition des arraisonnements reflète le maillage régional : quatre navires ont été interceptés par la Mauritanie, deux par la Gambie, un par le Cap-Vert et un par le Sénégal, qui avait déployé pour l’occasion son patrouilleur hauturier de nouvelle génération « Walo ». Les inspections à bord ont révélé des infractions majeures, allant du défaut de licence à l’utilisation de filets à maillage interdit, en passant par le dépassement de quotas et la désactivation volontaire des signaux GPS. Les navires incriminés battaient pavillons sénégalais, gambien, mauritanien, mais également espagnol.

Soutenue financièrement et techniquement par l’Union européenne via le projet Agir-INN, l’opération Espadon s’inscrit dans une stratégie de transition. La CSRP ambitionne de transformer ces actions ponctuelles en un dispositif de surveillance permanent et autonome géré directement par les États membres. Khallahi Brahim a souligné l’importance de l’échange d’informations entre les pays, rappelant que la convention régionale de 2025 sur la coordination anti-INN empêche désormais un navire fraudeur repéré au Sénégal de trouver refuge dans les eaux d’un pays limitrophe. Une prochaine opération est déjà en préparation pour la zone Sud, impliquant cette fois la Guinée-Bissau, la Guinée et la Sierra Leone.

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