C’est un verdict qui marque un tournant décisif dans l’histoire judiciaire et médiatique de l’ancienne colonie britannique. Figure emblématique de la lutte pour la démocratie, le magnat des médias Jimmy Lai a vu son long bras de fer avec les autorités de Pékin aboutir, ce lundi, à une décision de la Haute Cour. Alors que son cas mobilise les chancelleries occidentales et que son état de santé suscite l’inquiétude, les juges ont prononcé une peine d’une sévérité rare pour des faits qualifiés d’atteinte à la sécurité nationale.
Le fondateur du défunt quotidien Apple Daily, âgé de 78 ans, devra purger une peine de 20 ans de prison. Selon les informations relayées par Al Jazeera, Jimmy Lai a été reconnu coupable de deux chefs d’accusation de collusion avec des forces étrangères et d’un chef de publication séditieuse. Cette condamnation s’appuie sur la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin, un arsenal législatif qui a considérablement redessiné le paysage politique et médiatique local.
Le magnat, qui possède la citoyenneté britannique, est déjà détenu depuis plus de cinq ans, le temps de l’instruction de son dossier. Ses avocats et sa famille ont exprimé de vives inquiétudes quant à sa capacité physique à supporter cette détention prolongée, évoquant des problèmes cardiaques et une hypertension artérielle. Pour ses proches, le risque qu’il finisse ses jours derrière les barreaux est désormais une réalité concrète.
Une affaire aux répercussions diplomatiques
Le sort de Jimmy Lai dépasse largement le cadre des tribunaux de Kowloon. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a confirmé avoir abordé le cas du septuagénaire lors de sa récente rencontre avec le président chinois Xi Jinping à Pékin. De l’autre côté de l’Atlantique, le président américain Donald Trump avait également appelé à sa libération, qualifiant la procédure de mascarade. Des prises de position balayées par les autorités chinoises, qui dénoncent des tentatives de dénigrement de leur système judiciaire et maintiennent que l’affaire n’a « rien à voir avec la liberté de la presse ».
L’audience s’est déroulée sous très haute surveillance. Un véhicule blindé et des dizaines de policiers ont été déployés aux abords du tribunal. La tension était palpable à l’extérieur, où la police a procédé à des fouilles et à l’interpellation d’une femme en possession d’un porte-clés à l’effigie d’Apple Daily.
Ce jugement intervient dans un contexte de fragilisation du secteur de l’information sur place. Selon les données de Reporters sans frontières citées par nos confrères, près de 900 journalistes ont perdu leur emploi au cours des quatre années suivant la mise en œuvre de la loi sur la sécurité nationale. Outre Jimmy Lai, six anciens cadres de son groupe de presse devaient également connaître leur sentence ce même lundi.