L’implication de ressortissants étrangers dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine continue de livrer de nouveaux éléments. Récemment, les autorités camerounaises ont été contraintes de se prononcer officiellement sur la situation de plusieurs de leurs citoyens engagés sur le front est-européen.
La Russie a en effet confirmé le décès de 16 soldats d’origine camerounaise ayant combattu dans ses rangs, selon les informations relayées par le média Al Jazeera. À la suite de cette notification de Moscou, le ministère camerounais des Affaires étrangères a diffusé, tard lundi soir, un communiqué sur les médias d’État. Le document invite les familles des défunts à se rapprocher d’urgence des autorités à Yaoundé. Il s’agit de la première communication officielle du pays concernant la présence de ses ressortissants dans cette guerre.
Leur implication sur le théâtre des opérations est documentée par une note diplomatique datée de lundi. Ce document désigne les victimes comme des « sous-traitants militaires de nationalité camerounaise » opérant dans la zone d’opération militaire spéciale, terminologie employée par Moscou depuis février 2022. Ni le communiqué public ni la note diplomatique ne précisent les circonstances exactes, la date de leur mort ou la manière dont ces hommes se sont retrouvés enrôlés.
Toutefois, des signaux d’alerte avaient déjà été émis en interne. Une note confidentielle datée de mars 2025 révélait l’inquiétude du ministre camerounais de la Défense face aux départs de soldats vers l’Ukraine. Il y instruisait la hiérarchie militaire de surveiller étroitement les unités. Officiellement, Yaoundé rappelle qu’aucun déploiement de troupes n’est autorisé en dehors des mandats internationaux ou régionaux, mettant en garde ses citoyens contre toute participation à des conflits étrangers.
Ce dossier s’inscrit dans un contexte plus large de recrutement international par la Russie, bien que les autorités russes nient tout enrôlement illégal. En février, l’Ukraine affirmait que plus de 1 700 Africains combattaient pour Moscou. Plusieurs pays du continent ont signalé que leurs citoyens avaient été trompés par de fausses offres d’emploi ou de formation. Au Kenya, un rapport des services de renseignement présenté au Parlement a révélé que 1 000 Kényans avaient été recrutés sous de faux prétextes. De son côté, l’agence de renseignement ukrainienne a annoncé ce mois-ci la mort de deux Nigérians à la fin de l’année dernière.
Les recrutements touchent également l’Asie. L’Inde a recensé au moins 202 de ses ressortissants dans l’armée russe, dont 26 ont perdu la vie, avant d’obtenir de Moscou l’arrêt des enrôlements et la libération de ses citoyens en août 2024. Par ailleurs, les services de renseignement sud-coréens estiment qu’entre 11 000 et 15 000 soldats nord-coréens ont été déployés en Russie plus tôt dans le conflit, avec environ 6 000 tués ou blessés.