France : Pour remplacer Pierre Moscovici, le profil politique imposé par l’exécutif qui soulève des accusations de conflit d’intérêts

La vacance du poste laissée par le départ de Pierre Moscovici le 31 décembre dernier a trouvé son épilogue ce mercredi, à l’issue du conseil des ministres en France. Si la succession à la tête de la haute juridiction financière est désormais actée, le profil retenu par le président Emmanuel Macron ne fait pas l’unanimité. Loin d’une nomination technique, c’est un choix politique fort qui cristallise les tensions, l’opposition dénonçant une atteinte à l’indépendance de l’institution chargée de contrôler l’argent public.

C’est Amélie de Montchalin qui a été désignée Première présidente de la Cour des comptes. L’annonce a été officialisée par la porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon. Cette nomination, souhaitée par le chef de l’État, propulse l’ancienne ministre des Comptes publics à la tête de l’organe même chargé d’auditer la gestion de l’État. Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, cette décision suscite une levée de boucliers immédiate tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique français.

Le cœur de la polémique réside dans la proximité temporelle entre les anciennes fonctions de la nouvelle présidente et son nouveau rôle de contrôle. Éric Coquerel, député LFI et président de la commission des Finances, a pointé une situation inédite : « Jamais une personne ayant été ministre des Comptes publics six mois plus tôt n’a rendu un avis sur le budget qu’elle a elle-même préparé ». Il qualifie cette manœuvre de « cadenassage » de la Cour dans la perspective de 2027.

Du côté du Rassemblement national, la critique est tout aussi virulente. Marine Le Pen a exhorté le président français à renoncer à ce choix, y voyant une « énième preuve de la dérive illibérale » du pouvoir en place. Pour elle, cette nomination vise à « placer des fidèles » et pourrait compromettre la future alternance démocratique, remettant en cause la capacité de Mme de Montchalin à exercer son devoir d’indépendance.

Face à ces accusations de conflit d’intérêts et de favoritisme, l’exécutif tente de justifier sa décision. Le gouvernement rappelle que ce n’est pas la première fois qu’un ancien ministre accède à ce poste, citant l’exemple de Pierre Joxe, nommé par François Mitterrand alors qu’il était ministre de la Défense. Maud Brégeon a insisté sur le fait que « le fonctionnement de la Cour des comptes est indépendant », défendant la légitimité de l’ancienne économiste d’Axa, passée par les Affaires européennes et la Fonction publique, à occuper cette fonction stratégique.

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