La campagne pour les élections municipales en France prend une tournure judiciaire dans la commune de Réhon, en Meurthe-et-Moselle. Alors que la compétition électorale devrait se concentrer sur les bilans et les projets locaux, la publication de la liste du maire sortant a déclenché une séquence de cyberharcèlement ciblant spécifiquement une colistière. C’est la diffusion des portraits officiels des candidats qui a servi de catalyseur à cette vague d’hostilité, poussant l’élue concernée à solliciter l’intervention de la justice.
Aurore Katramiz, conseillère municipale depuis 2020 et adjointe au maire chargée du lien social, figure sur la liste sans étiquette menée par Jean-Pierre Weber. La publication de sa photographie de campagne, où elle apparaît voilée, a immédiatement provoqué un déferlement de commentaires haineux sur les réseaux sociaux. Selon les éléments rapportés par l’agence Anadolu, l’élue décrit une violence verbale inattendue par son intensité et son caractère décomplexé.
Les attaques enregistrées ne relèvent pas de la simple critique politique. Aurore Katramiz fait état d’injonctions xénophobes telles que « rentre dans ton pays » et, plus grave encore, d’amalgames directs avec le terrorisme. « J’ai eu des propos qui me ralliaient au Bataclan, aux Frères musulmans, à l’Iran », précise-t-elle, dénonçant un « amalgame total » sans rapport avec son engagement local. Face à la gravité de ces accusations, l’adjointe au maire a pris la décision de déposer plainte, soutenue dans sa démarche par l’édile de la commune.
Pour l’élue, le recours à la justice s’est imposé comme une nécessité morale pour ne pas valider ces discours par le silence. Elle rappelle que les propos racistes et xénophobes constituent un délit pénal et non une opinion. Si elle note une banalisation inquiétante du racisme et des attaques personnelles facilitée par l’anonymat des écrans, elle maintient que son engagement est « profondément républicain ». Elle réfute toute incompatibilité entre le port du voile et les valeurs de la République, soulignant que la loi française autorise les élus à porter des signes distinctifs, contrairement aux agents du service public.
Cette affaire locale s’inscrit dans un contexte national de forte recrudescence des actes antimusulmans en France. Les données du ministère français de l’Intérieur indiquent une hausse de plus de 70 % des signalements sur les premiers mois de 2025 par rapport à l’année précédente. Une tendance confirmée par le Collectif contre l’islamophobie en Europe, qui recense une augmentation continue des actes hostiles depuis 2022, dépassant le millier de faits signalés en 2024. Aurore Katramiz, qui refuse d’être un porte-parole mais souhaite alerter sur cette dérive, appelle à un retour au débat d’idées, espérant que cet épisode n’aura pas pour effet de dissuader les futures générations de s’engager dans la vie publique.