Le secteur hospitalier français traverse une nouvelle zone de turbulences, particulièrement visible en Corse cette semaine. Alors que la saturation des services d’urgence devient chronique sur le territoire, le personnel de l’hôpital d’Ajaccio a décidé de cesser le travail. Ce mouvement, loin des revendications salariales classiques, vise avant tout à dénoncer une dégradation éthique de la prise en charge médicale, jugée désormais incompatible avec la mission de service public.
La situation décrite par les soignants témoigne d’un engorgement critique. Selon les éléments relayés par l’agence Anadolu, citant le quotidien Corse-Matin, le service des urgences comptait mardi matin trente-quatre patients présents simultanément. Parmi eux, plusieurs personnes âgées se trouvaient contraintes de rester sur des brancards, faute de lits disponibles dans les services d’hospitalisation.
Une situation qualifiée de « maltraitance institutionnelle »
C’est un cas particulier qui illustre l’ampleur de la crise : celui d’une patiente de 89 ans, maintenue aux urgences durant quatre jours en attente d’une solution d’hospitalisation en aval. Cette réalité contraint les équipes à prodiguer des soins directement dans les couloirs, une situation que les grévistes refusent de normaliser.
Dans une vidéo diffusée par le média local, un membre du personnel soignant exprime ce malaise profond, affirmant que les équipes se retrouvent placées « dans une certaine forme de maltraitance » malgré leur volonté initiale de soigner. Le mouvement se veut ainsi une action « pour la population ajaccienne », face au vieillissement démographique de l’île et à l’inadéquation des moyens alloués.
Un symptôme national
Cette saturation n’est pas isolée en France. Des difficultés similaires ont été rapportées au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon. D’après les données rapportées par Le Bien public, les délais d’attente aux urgences de l’établissement bourguignon ont atteint jusqu’à 35 heures au cours du mois de février. Comme à Ajaccio, le blocage se situe principalement au niveau du manque de « lits d’aval », empêchant le transfert fluide des patients admis aux urgences vers les services spécialisés.