La capitale sénégalaise a servi de cadre, les 10 et 11 février derniers, à une importante concertation régionale axée sur la santé maternelle et infantile. Face aux objectifs de développement durable (ODD) fixés pour la fin de la décennie, les indicateurs actuels de l’Afrique subsaharienne préoccupent les instances sanitaires et les gouvernements. Au-delà des constats, cette rencontre a permis de chiffrer précisément l’écart qui risque de se creuser entre les ambitions internationales et la réalité du terrain si un changement d’échelle n’est pas opéré immédiatement.
Le constat dressé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 2022 pose le décor d’une urgence sanitaire persistante. Près de 99 % des décès maternels recensés dans le monde surviennent dans les pays en développement. L’Afrique subsaharienne porte la charge la plus lourde avec un ratio de 525 décès pour 100 000 naissances vivantes, auquel s’ajoutent 27 décès néonatals pour 1 000 naissances. C’est dans ce contexte que s’est tenue la réunion annuelle sur le thème du « Passage à l’échelle de l’intégration de la Pffp/Smni/nutrition », rapportée par nos confrères de Sud Quotidien.
L’intervention de Leroux Dramé, directeur de cabinet du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, a mis en lumière une fracture statistique majeure au sein du continent. Si la cible internationale pour 2030 est de réduire la mortalité maternelle à 70 décès pour 100 000 naissances vivantes, seuls trois États africains ont pour l’instant atteint cet objectif : le Cap-Vert, l’île Maurice et les Seychelles.
Pour le reste de la région subsaharienne, les projections actuelles sont alarmantes. Selon les données partagées lors de la rencontre, si la tendance se maintient, la région enregistrera encore 390 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes à l’horizon 2030. Un chiffre qui reste très éloigné du seuil de 70 visé par la communauté internationale.
Plusieurs facteurs structurels expliquent ce retard. Les autorités sanitaires pointent notamment une pénurie critique de personnel qualifié, limitant le taux d’accouchements assistés à 65 %. S’y ajoutent une couverture insuffisante en soins essentiels et un besoin non satisfait en planification familiale évalué à 44 % chez les femmes en âge de procréer.
Pour inverser cette courbe, les experts réunis à Dakar ne cherchent plus à démontrer l’efficacité de l’intégration des services, mais à accélérer sa généralisation. L’approche préconisée consiste à lier systématiquement la santé reproductive, maternelle, néonatale, la planification familiale et la nutrition. Cette stratégie intégrée, centrée sur le couple mère-enfant, vise à optimiser les ressources financières dans un contexte économique contraint et à réduire les occasions manquées de prise en charge.