Fin du CNRA: L’Assemblée examine ce mardi la création du CNRM pour réguler réseaux sociaux, créateurs de contenus…

L’Assemblée nationale du Sénégal se penche ce mardi 3 mars sur le projet de loi portant création du Conseil national de régulation des médias (CNRM), une réforme structurante destinée à transformer en profondeur l’architecture du paysage médiatique à l’ère numérique.

Présenté par le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, le texte marque la fin programmée du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA), dont le champ d’action était jusqu’ici principalement limité à la radio et à la télévision.

Le nouveau Conseil ambitionne d’instaurer une régulation transversale, centrée non plus sur les supports de diffusion mais sur les contenus eux-mêmes. Cette réforme vise à prendre en compte l’ensemble de la chaîne de valeur de l’information et de la communication : presse écrite et en ligne, chaînes de télévision et de radio, plateformes numériques et de partage, ainsi que les créateurs de contenus.

Dans l’exposé des motifs lu par Senego, l’objectif du CNRM affiché est double : renforcer la protection des droits des citoyens et des professionnels des médias, tout en garantissant la transparence et l’indépendance de la régulation, conditions indispensables pour préserver la confiance du public et répondre aux défis posés par la révolution numérique.

Avec cette réforme, le Sénégal se positionne comme un acteur moderne de la régulation des médias, capable de s’adapter aux nouvelles technologies et aux nouvelles formes de consommation de l’information.

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5 commentaires

  1. Il y a un moment où une démocratie doit se regarder en face et admettre qu’elle s’éloigne de ses propres principes. Pas par un coup d’État, pas par un basculement brutal, mais par une succession de renoncements discrets, de glissements acceptés, de concessions faites au nom de la sécurité, de la peur ou de la commodité. C’est exactement ce que nous vivons aujourd’hui : un pays qui, au fil des décisions et des discours, s’habitue à rogner sur les libertés qu’il prétend défendre.

    On nous explique que pour notre sécurité, il faudra peut-être demain déverrouiller nos téléphones sur simple demande. Que la vie privée n’est plus un droit, mais une variable d’ajustement. Que l’intimité numérique peut être inspectée comme un sac à dos. Ce qui était autrefois impensable devient progressivement acceptable, puis normalisé. Et lorsque la normalisation du contrôle s’installe, la liberté d’expression n’est plus qu’un slogan : comment parler librement quand tout peut être consulté, interprété, retenu contre nous ?

    Dans le même temps, la société continue de tolérer des amalgames indignes. Il suffit d’être séropositif pour être immédiatement rangé dans une case, suspecté, stigmatisé, réduit à une identité que d’autres projettent sur vous. Comme si un statut médical pouvait servir de preuve sociale. Comme si la santé devenait un marqueur moral. Comme si quarante ans de lutte contre la stigmatisation du VIH n’avaient servi à rien. Et pendant que ces préjugés persistent, nos données médicales — parmi les plus sensibles — se retrouvent exposées, circulant sous couvert de “prévention” ou de “gestion du risque”.

    Ce qui se joue ici dépasse largement la question du VIH ou du téléphone portable. C’est la question du pouvoir : qui contrôle l’information ? Qui décide de ce qui peut être consulté, partagé, exploité ? Qui a le droit de savoir, et qui a le droit de se taire ? Une démocratie qui laisse filer ces questions sans y répondre clairement se met elle-même en danger.

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      Car la liberté ne disparaît jamais d’un coup : elle s’effrite, elle se fragilise, elle se banalise, jusqu’à devenir un souvenir.

      Les institutions devraient être les premières à protéger la confidentialité médicale, la vie privée, la dignité individuelle. Elles devraient être les gardiennes de nos droits, pas les gestionnaires de nos données. Or, à force de céder à la logique du soupçon, à la tentation du contrôle, à la facilité technologique, elles finissent par oublier leur mission première : garantir que chaque citoyen puisse vivre sans peur d’être surveillé, jugé ou exposé.

      Un pays qui accepte que l’on puisse être réduit à un statut médical, que l’on puisse être fouillé numériquement sans justification solide, que la prévention serve de prétexte à la surveillance, est un pays qui marche sur la tête. Et un pays qui marche sur la tête finit toujours par perdre de vue ce qui le tenait debout.

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