La Corne de l’Afrique est le théâtre d’une recomposition diplomatique accélérée. Alors que les tensions autour de la reconnaissance du Somaliland menacent la stabilité régionale, Mogadiscio multiplie les initiatives pour sécuriser ses alliances stratégiques. Quelques semaines après avoir renforcé ses liens avec le Qatar, le gouvernement somalien a franchi une nouvelle étape décisive ce lundi, en officialisant une coopération de défense avec un acteur incontournable de la péninsule arabique.
C’est à Riyad que s’est jouée cette nouvelle séquence diplomatique. Le ministre somalien de la Défense, Ahmed Moallim Fiqi, et son homologue saoudien, le prince Khalid bin Salman bin Abdulaziz, ont apposé leurs signatures sur un protocole d’accord de « coopération militaire ». Ce rapprochement, confirmé par la partie saoudienne via une communication officielle, marque une évolution notable dans les relations sécuritaires entre les deux nations.
Un contenu gardé confidentiel
Si l’existence de l’accord est publique, ses contours exacts restent à la discrétion des signataires. Selon le ministère somalien de la Défense, le texte vise à « renforcer les cadres de la défense et de la coopération militaire » et couvre « plusieurs domaines d’intérêt commun servant les intérêts stratégiques des deux parties ». Aucune précision supplémentaire n’a été fournie sur la nature des équipements, des formations ou du soutien logistique envisagés.
Ce silence sur les détails opérationnels contraste avec l’activité diplomatique intense de la Somalie ces dernières semaines. Le mois dernier, un pacte similaire avait été conclu avec le Qatar, axé sur la formation militaire et l’échange d’expertise. Cette offensive diplomatique intervient dans un climat particulier, alimenté par les craintes de Mogadiscio concernant les ambitions israéliennes dans la région.
L’ombre du dossier Somaliland
Selon les éléments rapportés par Al Jazeera, cette recherche d’appuis extérieurs est une réponse directe à la reconnaissance du Somaliland par Israël et aux discussions concernant l’installation potentielle d’une base militaire israélienne dans cette région séparatiste. Le président somalien, Hassan Sheikh Mohamud, a d’ailleurs affirmé la semaine dernière que son pays « ne permettra jamais » l’établissement d’une telle base et s’y opposera par tous les moyens.
Cette stratégie d’alliance avec l’Arabie Saoudite et le Qatar s’accompagne d’une rupture nette avec d’autres acteurs. Mogadiscio a récemment annulé l’ensemble de ses accords de défense et de sécurité avec les Émirats arabes unis, accusant Abou Dhabi de porter atteinte à son « unité nationale » en facilitant le rapprochement entre Israël et le Somaliland. Les Émirats conservent toutefois des intérêts majeurs dans la zone, notamment via la gestion du port stratégique de Berbera.
Ce repositionnement somalien s’inscrit également dans une dynamique plus large de tensions entre l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, dont les intérêts divergent de plus en plus sur les dossiers régionaux, notamment au Yémen et au Soudan.