Face aux dirigeants mondiaux à Davos, la justification historique inventée par Donald Trump pour réclamer le Groenland

En déplacement en Suisse pour le Forum économique mondial, le président américain a réaffirmé sans détour sa volonté d’acquérir ce territoire autonome sous souveraineté danoise. Si l’intérêt stratégique des États-Unis pour cette zone arctique est connu, le chef de la Maison Blanche a surpris l’auditoire en s’appuyant sur une relecture inédite des relations transatlantiques post-Seconde Guerre mondiale pour légitimer sa démarche.

Devant les dirigeants réunis à Davos, Donald Trump a maintenu sa position concernant l’acquisition du Groenland, invoquant sa position géographique cruciale entre les États-Unis, la Russie et la Chine. Pour appuyer cette revendication territoriale, le président a évoqué le rôle militaire américain durant le second conflit mondial, affirmant que Washington avait « sauvé le Groenland » avant de le « rendre » au Danemark.

Une interprétation contestée par les faits historiques

Cette déclaration repose sur une inexactitude factuelle majeure. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, si les États-Unis ont effectivement assuré la défense du Groenland après l’invasion du Danemark par l’Allemagne nazie et y ont établi une présence militaire durable, ils n’ont jamais possédé le territoire. Par conséquent, ils ne pouvaient juridiquement pas le « rendre ».

Le statut du Groenland en tant que territoire danois est établi de longue date. La Cour permanente de justice internationale avait tranché un litige territorial en faveur du Danemark dès 1933. Après la guerre, Copenhague a intégré le Groenland via un amendement constitutionnel, un changement de statut validé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1954, avec le vote favorable des États-Unis.

Confusion répétée avec l’Islande

Au-delà de l’argumentaire historique, l’intervention présidentielle a été marquée par une confusion géographique persistante. À quatre reprises durant son allocution, Donald Trump a mentionné l’Islande en lieu et place du Groenland, attribuant notamment une baisse des marchés boursiers américains à « l’Islande ». Les marchés avaient effectivement réagi négativement la veille, mais suite aux commentaires du président sur l’acquisition du Groenland.

La Maison Blanche, par la voix de sa porte-parole Karoline Leavitt, a tenté de minimiser ces amalgames, expliquant que le terme « Island » (Islande) dans les notes du président faisait référence au Groenland qualifié de « morceau de glace » (piece of ice). Donald Trump n’a pourtant formulé aucune demande récente concernant l’Islande, nation indépendante de près de 400 000 habitants et membre fondateur de l’OTAN.

Inquiétudes à Reykjavik

Cette attention soudaine, même fruit d’une confusion, suscite une certaine nervosité en Islande. Le pays, qui héberge des infrastructures radar de l’OTAN et entretient un accord de défense bilatéral avec les États-Unis depuis 1951, tente de rester discret sur la scène diplomatique actuelle.

Le climat est d’autant plus sensible que Billy Long, choisi par Donald Trump pour le poste d’ambassadeur en Islande, a dû présenter des excuses publiques récemment. L’ancien membre du Congrès avait été entendu plaisantant sur l’idée que l’Islande devienne le prochain État américain après le Groenland, et qu’il en serait le gouverneur.

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