Face à l’enracinement local des groupes armés, le constat sans concession dressé par le Timbuktu Institute sur l’option militaire

À l’occasion du dixième anniversaire du Timbuktu Institute, célébré ce mercredi 4 février 2026 à Dakar, la question de l’évolution de la menace terroriste en Afrique de l’Ouest a fait l’objet d’un diagnostic rigoureux. Réunis autour d’un panel de haut niveau, chercheurs et acteurs de la société civile ont mis en lumière une mutation profonde du phénomène djihadiste, qui impose aujourd’hui une révision complète des méthodes de riposte adoptées par les États de la région.

Loin des schémas classiques d’une invasion extérieure, les experts décrivent désormais une menace qui a changé de visage, rendant les réponses purement sécuritaires inopérantes.

**La fin du mythe de l’ennemi importé**

Le constat central partagé par les intervenants, dont Bacary Samb, directeur du Timbuktu Institute, est celui de l’« endogénéisation » du terrorisme. Selon les analyses développées lors des échanges rapportés par notre confrère Sud Quotidien, les groupes armés opérant dans la région ne fonctionnent plus comme des entités idéologiques verticalement structurées et importées, sur le modèle d’Al-Qaïda à ses débuts.

Ces organisations ont opéré une mue stratégique en s’enracinant dans les réalités locales. Elles exploitent les conflits fonciers et les tensions intercommunautaires préexistantes, qu’elles instrumentalisent en leur donnant une coloration religieuse. Pour Bacary Samb, cette « phase de maturation du conflit » change la donne : l’ennemi n’est plus un corps étranger, mais une composante greffée sur le tissu social local.

**L’illusion de la victoire militaire**

Cette transformation de la menace a une conséquence directe sur l’efficacité des stratégies actuelles. Le directeur du Timbuktu Institute est formel : dans ce contexte d’ancrage local, l’hypothèse d’une « victoire exclusivement militaire » devient illusoire. La force de frappe conventionnelle ne suffit plus à déloger des groupes qui se nourrissent des fractures sociales.

Ce point de vue est corroboré par le Dr Lassina Diarra, spécialiste des dynamiques sécuritaires. Si la coopération internationale reste utile pour le renseignement, elle échoue à traiter les causes profondes. L’approche du « tout-sécuritaire » montre ses limites car elle ne répond pas aux frustrations qui alimentent les rangs des insurgés.

**L’État face à ses propres carences**

Au-delà du constat d’échec militaire, les experts pointent la responsabilité des gouvernances nationales. Pour le Dr Diarra, le problème ne réside pas dans une « absence de l’État », mais dans un manque de professionnalisme et de réponses sociales adaptées. La corruption, les exactions et les dysfonctionnements institutionnels créent un terreau fertile pour le recrutement extrémiste.

Alioune Tine, fondateur d’Africa Jom Center, a élargi cette analyse en liant la progression du terrorisme à la crise de l’État social. Il décrit une jeunesse ouest-africaine coincée entre l’exil, la révolte ou l’enrôlement, faute de perspectives économiques et de services publics fonctionnels. Selon lui, les politiques libérales ont fragilisé le lien de confiance entre les citoyens et les institutions, particulièrement dans les zones périphériques.

**Vers un changement de paradigme**

Face à cette impasse, le panel préconise l’adoption de stratégies mixtes. Il ne s’agit plus seulement de combattre, mais de dialoguer. Bacary Samb appelle à envisager des solutions politiques incluant la médiation, y compris avec certains acteurs armés désormais ancrés dans les sociétés locales.

Le consensus des experts est clair : l’éradication du terrorisme passe avant tout par le retour de l’État social, la justice et le développement local, seuls remparts durables contre la radicalisation.

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Un commentaire

  1. Isreal, avec plus de 20 milles palestiniens tués à Gaza, n’a pas pu éragdiquer le Hamas et a fini par négocier. A Mali, parler de dialogue est vu comme un soutien aux terroristes. la hiérarchie militaire pense profiter d’importantes dépenses militaires prioritaires et discrétionnaires en cultivant le mythe de la victoire militaire. malheuresuement elle sera rattrapée par la réalité.

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