Le baromètre mondial de la corruption vire au rouge. Dans sa dernière livraison, l’ONG Transparency International dresse un constat alarmant sur l’état de la gouvernance mondiale, marquant le niveau le plus bas enregistré depuis plus de dix ans. Si la tendance à l’érosion des acquis démocratiques est globale, c’est la trajectoire spécifique des États-Unis qui cristallise les inquiétudes, matérialisée par une offensive institutionnelle inédite visant directement la tête de la politique monétaire américaine.
Le rapport annuel de l’organisation basée à Berlin, relayé par Al Jazeera, fixe le score moyen mondial à 42 sur 100 pour l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025. Cette moyenne dissimule une dégradation notable au sein des grandes démocraties, où les mécanismes de contre-pouvoir montrent des signes d’essoufflement inquiétants.
**Une pression inédite sur la Réserve fédérale**
Le recul des États-Unis, dont le score a chuté à 64 — son plus bas niveau historique —, s’explique par une reprise en main brutale de l’appareil d’État depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Au-delà des chiffres, c’est la nature des actions entreprises qui interpelle les observateurs. Le rapport met en lumière une procédure judiciaire lourde de sens : Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale (Fed), fait actuellement l’objet d’une enquête du Département de la Justice (DOJ).
Cette investigation survient après que le patron de la banque centrale a refusé de céder aux pressions présidentielles exigeant une baisse des taux d’intérêt. Transparency International pointe ici des « actions ciblant les voix indépendantes » et une atteinte directe à l’autonomie judiciaire. L’ONG souligne également que le gel temporaire et l’application affaiblie de la loi sur les pratiques de corruption à l’étranger (Foreign Corrupt Practices Act) signalent une tolérance nouvelle pour les pratiques commerciales douteuses.
**L’Europe n’est pas épargnée**
Ce phénomène de « baisse de performance » dans la lutte contre la corruption ne se limite pas à l’outre-Atlantique. Le document note des tendances similaires au Royaume-Uni et en France. Bien que ces nations restent dans le haut du classement, elles font face à des risques accrus dus à l’affaiblissement des contrôles indépendants et à l’influence grandissante de l’argent privé dans la prise de décision politique.
Au sein de l’Union européenne, la Hongrie et la Bulgarie ferment la marche avec un score de 40. Le rapport accable particulièrement la gestion de Viktor Orban en Hongrie, accusé d’avoir « systématiquement affaibli l’État de droit » pour permettre le détournement de fonds européens vers des cercles proches du pouvoir.
**Les extrêmes du classement**
À l’opposé du spectre, le Danemark conserve son statut de modèle avec un score de 89, suivi de près par la Finlande et Singapour. En bas de l’échelle, le Soudan du Sud et la Somalie restent les pays les plus touchés par la corruption endémique, avec seulement 9 points, suivis par le Venezuela.
Une note positive émerge cependant du dossier ukrainien. Malgré près de quatre ans de guerre avec la Russie, Kiev affiche un score de 36, signe que la nouvelle architecture anticorruption commence à porter ses fruits, notamment grâce à la mobilisation de la société civile qui a su freiner certaines tentatives de l’exécutif de limiter l’indépendance des organes de contrôle.