Les États-Unis ont reculé dans le classement annuel de la liberté de la presse publié jeudi par Reporters sans frontières (RSF), sur fond de baisse mondiale des indicateurs en 2025. Le pays reste classé dans la catégorie des situations jugées « problématiques », alors qu’une nouvelle dégradation a été enregistrée pendant la première année du second mandat du président américain Donald Trump.
D’après Al Jazeera, les États-Unis ont perdu sept places, passant de la 57e à la 64e position sur 180 pays. RSF évoque un niveau « historiquement bas » pour le pays et souligne la poursuite d’un recul observé depuis une décennie. À l’échelle mondiale, l’organisation indique que, pour la première fois, plus de la moitié des pays évalués sont désormais classés comme « difficiles » ou « très graves » en matière de liberté de la presse. La Norvège arrive en tête du classement, tandis que l’Érythrée ferme la marche.
Dans un communiqué cité par RSF, Clayton Weimers, directeur exécutif du bureau Amérique du Nord de l’organisation, a déclaré que les États-Unis traversaient une « crise de la liberté de la presse ». Il a accusé Donald Trump et son administration de mener, depuis son retour à la Maison Blanche, une action coordonnée contre cette liberté. Il a appelé à protéger les droits juridiques, à garantir des poursuites en cas d’attaques contre les professionnels des médias et à soutenir les médias indépendants.
Le rapport mentionne à la fois des politiques de l’administration Trump et la concentration du paysage médiatique américain. Il cite notamment le rachat de Paramount Global, maison mère de CBS News, par Skydance Media. L’entreprise est détenue par David Ellison, dont le père, Larry Ellison, est présenté comme proche de Donald Trump. Le texte mentionne également l’acquisition en cours de Warner Bros, propriétaire de CNN, par Paramount Skydance. Selon les données reprises dans le rapport, six groupes contrôlent l’essentiel des médias américains : Comcast, Walt Disney, Warner Bros Discovery, Paramount Skydance, Sony et Amazon.
RSF relève aussi une pression accrue de la Federal Communications Commission (FCC) sur plusieurs médias et figures du journalisme. En mars, son président Brendan Carr a déclaré vouloir retirer les licences de diffuseurs accusés de diffuser des « canulars » ou des « déformations de l’information », notamment dans leur couverture de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Donald Trump s’est dit « ravi » de ces déclarations. Brendan Carr a également menacé des diffuseurs en raison de leur couverture de la politique migratoire du président, une attitude que des critiques estiment susceptible d’intimider les rédactions locales.
La pression s’est aussi étendue aux animateurs de télévision. Plus récemment, Brendan Carr a annoncé une enquête visant plusieurs chaînes d’ABC, quelques jours après une plaisanterie de Jimmy Kimmel sur le dîner des correspondants de la Maison Blanche à Washington. L’animateur avait ironisé sur l’apparence de Melania Trump. Quelques jours plus tard, un homme armé a tenté de pénétrer dans l’événement auquel Donald Trump assistait pour la première fois. Les Trump ont ensuite établi un lien entre la blague et cette tentative, en réclamant le licenciement de Jimmy Kimmel. L’animateur a, pour sa part, affirmé que sa remarque visait l’écart d’âge entre le président de 79 ans et la Première dame de 56 ans, et non un appel à la violence. Parmi les critiques des initiatives de la FCC figure le sénateur républicain Ted Cruz, qui a déclaré ne pas croire que l’autorité doive agir comme une « police de la parole ».