États-Unis : alors que l’administration Trump traque les fuites, l’ordonnance fédérale qui vient paralyser l’analyse du matériel saisi chez une journaliste

C’est une première victoire juridique pour le Washington Post dans le bras de fer qui l’oppose à la nouvelle administration américaine. Alors que les services fédéraux ont procédé à une saisie massive de matériel informatique au domicile d’une de ses reporters, un magistrat a ordonné ce mercredi le gel immédiat de l’exploitation des données collectées.

Cette décision intervient dans un contexte de tensions accrues entre la Maison Blanche et la presse, l’exécutif ayant affiché sa volonté de traquer sans relâche les sources de fuites d’informations classifiées.

**Un gel temporaire avant l’audience décisive**

Le magistrat William Porter a fait droit à la requête du quotidien américain en interdisant au gouvernement fédéral d’examiner ou de filtrer les documents saisis. Cette ordonnance fige la situation jusqu’à la tenue d’une audience contradictoire, fixée au 6 février prochain. Selon nos informations, basées sur les éléments rapportés par Al Jazeera, cette pause procédurale vise à permettre au ministère de la Justice de répondre formellement à la plainte déposée par le journal.

**L’étendue de la saisie au cœur du litige**

L’affaire trouve son origine dans une perquisition menée le 14 janvier au domicile de la journaliste Hannah Natanson. Si l’administration du Président Donald Trump justifie cette opération par la nécessité d’enquêter sur Aurelio Luis Perez-Lugones, un contractant du gouvernement arrêté le 8 janvier pour soustraction présumée de documents classifiés, le volume du matériel emporté soulève des questions juridiques majeures.

Les agents fédéraux ont en effet confisqué l’ordinateur professionnel de la reporter, son téléphone fourni par le journal, son MacBook personnel, un disque dur d’un téraoctet, un enregistreur vocal et une montre connectée. Les avocats du Washington Post soulignent que ces appareils contiennent « des années d’informations » et des données relatives à plus de 30 000 courriels échangés sur la seule année écoulée, impliquant 1 169 nouvelles sources.

La défense argue que la quasi-totalité de ces données est sans rapport avec le mandat de perquisition, qui ne visait théoriquement que les échanges avec le contractant incriminé. Le journal dénonce une saisie qui met en péril la confidentialité de l’ensemble de son travail d’investigation.

**La ligne dure de l’administration Trump**

Face aux critiques dénonçant une atteinte au Premier Amendement de la Constitution américaine, l’exécutif maintient une position de fermeté absolue. La procureure générale Pam Bondi a publiquement accusé la journaliste de « rapporter des informations classifiées et illégalement fuitées », affirmant que l’administration ne tolérerait aucun risque pour la sécurité nationale.

Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche, a réitéré cette doctrine en prévenant que des poursuites judiciaires seraient engagées contre toute personne, membre de la presse ou employé fédéral, enfreignant la loi sur les secrets d’État.

Le Washington Post, qui a porté l’affaire devant un tribunal fédéral de Virginie, réclame la restitution immédiate du matériel. Le média estime que le maintien de cette saisie normaliserait une forme de censure par mandat de perquisition, un argument qui rappelle le précédent historique des « Pentagon Papers » en 1971, où la Cour Suprême avait statué en faveur de la liberté de publication face aux impératifs sécuritaires avancés par l’administration Nixon.

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