Damas a cru tenir sa paix le soir du 18 janvier. Dans la capitale syrienne, l’annonce d’un cessez-le-feu entre le gouvernement et les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) a déclenché des scènes de liesse, illuminant le ciel de feux d’artifice et remplissant la place des Omeyyades de citoyens espérant la fin d’un conflit interne majeur. Mais cette euphorie a été balayée dès le lendemain matin par une réalité militaire implacable qui redessine désormais l’équilibre des forces dans le nord du pays.
La reprise immédiate des combats, initiée par une offensive éclair des forces gouvernementales, a rapidement modifié la donne diplomatique et militaire. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette pression sur le terrain a contraint Mazloum Abdi, le chef des FDS, à accepter des conditions nettement moins favorables que celles initialement envisagées.
L’accord impose désormais un retrait des forces kurdes de zones stratégiques, notamment Raqqa et Deir Ezzor dans le nord-est, les repoussant vers Hassaké. Mais au-delà de ce redéploiement géographique, c’est une contrainte temporelle drastique qui pèse sur l’organisation paramilitaire : un ultimatum de quatre jours a été fixé pour l’intégration totale des FDS au sein des structures de l’État syrien.
À Damas, la perception de ces forces dirigées par les Kurdes a considérablement évolué. Si elles étaient autrefois perçues comme un rempart contre l’État islamique (EI), le sentiment dominant dans la capitale est désormais empreint de ressentiment. Après quinze années de division, une partie de la population considère ces forces non plus comme des alliés, mais comme une autorité parallèle soutenue par les États-Unis, accusée de monopoliser les ressources pétrolières et agricoles tandis que le reste du pays subissait les sanctions et l’effondrement économique.
Maamoun Ramadan, un résident kurde de Damas âgé de 75 ans, illustre ce durcissement de l’opinion publique en qualifiant les FDS d’« occupants » ne représentant pas l’ensemble des Kurdes syriens. Cette impatience pour une réunification du territoire national domine les conversations dans les cafés et les bureaux gouvernementaux, où l’unité est devenue le mot d’ordre, façonnée par l’épuisement général.
Cependant, cette marche forcée vers l’intégration soulève des inquiétudes logistiques et sécuritaires majeures. L’absorption des combattants des FDS dans les forces nationales, le sort des administrations locales et la capacité réelle de l’État central à gouverner des territoires qui lui échappent depuis plus d’une décennie restent des inconnues. Si la perspective de voir le pays réunifié suscite l’espoir, la rapidité du processus et les tensions communautaires latentes dans le nord-est laissent planer une incertitude sur la stabilité réelle de cet accord.