Le canal de Panama se retrouve au cœur d’une tempête diplomatique majeure, cristallisant les tensions entre les deux superpuissances mondiales. Alors que la gestion de cette infrastructure critique pour le commerce international fait l’objet d’une surveillance accrue, une décision de justice rendue à Panama City vient de provoquer une réaction virulente de l’autre côté du Pacifique. En toile de fond, une pression exercée par les États-Unis a conduit à une rupture contractuelle qui pourrait coûter cher au pays d’Amérique centrale.
L’origine de cette crise remonte à une décision de la Cour suprême du Panama, prononcée la semaine dernière. La haute juridiction a annulé le contrat permettant à CK Hutchison, une entreprise basée à Hong Kong, d’exploiter deux ports stratégiques sur le canal. Cette mesure judiciaire intervient dans un contexte géopolitique particulier : le président américain Donald Trump avait explicitement menacé de reprendre le contrôle de ce passage maritime reliant l’Atlantique au Pacifique. L’argument avancé par Washington reposait sur une supposée mainmise chinoise sur la voie d’eau, qualifiée de menace pour la sécurité nationale américaine.
La réaction de Pékin ne s’est pas fait attendre. Selon les informations relayées par Al Jazeera, le Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao (HKMAO) du gouvernement chinois a qualifié le jugement panaméen d’« absurde », de « honteux » et de « pathétique ». Dans un communiqué au ton particulièrement ferme, les autorités chinoises estiment que le tribunal a « ignoré les faits » et violé les droits légitimes des entreprises hongkongaises.
Au-delà de la condamnation verbale, la Chine a formulé une mise en garde directe à l’encontre du gouvernement panaméen. Le HKMAO a averti que le Panama paierait « assurément un lourd tribut, tant politique qu’économique » s’il persistait dans l’application de cette décision. Sans nommer explicitement les États-Unis, le communiqué dénonce les « tactiques d’intimidation » utilisées par « un certain pays » pour imposer sa volonté, accusant le Panama d’avoir « succombé volontairement » à cette puissance hégémonique.
Sur le plan juridique, la riposte s’organise déjà. CK Hutchison a annoncé ce mercredi, via une déclaration à la Bourse de Hong Kong, le lancement d’une procédure d’arbitrage international contre le Panama. Le conseil d’administration du groupe a fait savoir qu’il « désapprouvait fermement » la décision et qu’il se réservait le droit d’engager des poursuites supplémentaires, tant au niveau national qu’international, pour défendre ses intérêts.
Les conséquences opérationnelles de cette rupture de contrat sont immédiates. L’Autorité maritime de Panama (AMP) a indiqué que la gestion des deux terminaux portuaires serait temporairement transférée à l’entreprise danoise Maersk. Cette transition s’opère sur une infrastructure vitale pour l’économie américaine, le canal traitant environ 40 % du trafic de conteneurs des États-Unis. John Moolenaar, président de la commission spéciale de la Chambre des représentants américaine sur la Chine, a pour sa part salué la décision de la cour panaméenne comme une « victoire pour l’Amérique ».