En Centrafrique, l’échéance financière critique qui menace de paralyser la Cour pénale spéciale

L’avenir de la justice internationale en République centrafricaine se joue désormais sur le terrain comptable. Alors que la lutte contre l’impunité demeure une priorité nationale, l’institution chargée de juger les crimes les plus graves commis dans le pays fait face à une menace existentielle qui ne relève pas du droit, mais de la trésorerie. Une alerte lancée ce mercredi met en lumière la fragilité d’un modèle dépendant des contributions extérieures.

L’avertissement émane d’Amnesty International. Selon les données relayées par Agence Afrique, la Cour pénale spéciale (CPS) risque une fermeture définitive en juin 2026. Cette juridiction hybride, fruit d’un partenariat entre les Nations Unies et l’État centrafricain, pourrait cesser ses activités faute de financements suffisants pour couvrir son fonctionnement au-delà de cette date butoir.

Le modèle économique de la Cour constitue son talon d’Achille. Inaugurée en octobre 2018 avec pour mandat d’enquêter sur les violations graves des droits humains commises depuis 2003, la CPS repose intégralement sur les contributions volontaires des États et des organisations internationales. Or, cette source de revenus s’est tarie au cours de l’année écoulée, entraînant déjà des conséquences opérationnelles directes. Notre rédaction note que le personnel de la juridiction a déjà subi une réduction de 25 %, signe avant-coureur d’une paralysie plus large.

L’impact d’une telle fermeture dépasserait le simple cadre administratif. Actuellement, la Cour gère quinze enquêtes et trois procès, tandis que trente individus sont activement recherchés. Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, qualifie cette perspective de « revers catastrophique » pour les victimes. Les tribunaux nationaux, bien que fonctionnels, ne disposent pas des capacités logistiques et financières pour absorber une telle charge de dossiers complexes liés aux crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Cette situation résonne avec les débats actuels sur le continent concernant la souveraineté financière des institutions africaines, un sujet récemment évoqué lors des discussions au siège de l’Union africaine sur les modèles de coopération. Pour l’heure, Amnesty International appelle les États bailleurs à verser d’urgence les contributions nécessaires pour éviter que l’expérience de la CPS ne s’achève prématurément, laissant des milliers de survivants sans recours.

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