Dans l’État d’Assam, en Inde, la stratégie politique de la formation au pouvoir fait face à un test majeur à quelques jours des élections législatives. Une vaste opération de démolition menée dans la banlieue de Guwahati a profondément altéré les relations entre les autorités et une frange spécifique de la population qu’elles tentaient activement de séduire.
Le 14 mars dernier, des bulldozers ont rasé le quartier à majorité musulmane d’Islampur, situé à Bongora. L’opération a détruit les domiciles de 400 familles pour récupérer 177 hectares de terres, officiellement destinées à être protégées pour les populations autochtones de l’État. Parmi les sinistrés, Akram Ali, un travailleur journalier de 50 ans, a vu la maison familiale construite il y a 45 ans réduite en ruines, le contraignant à s’installer dans un abri de fortune sous bâche.
Ce quartier abrite principalement des membres de la communauté Goriya, des musulmans de langue assamaise. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, ces habitants font partie des cinq sous-groupes musulmans officiellement reconnus comme autochtones par le Bharatiya Janata Party (BJP) en 2022. Ce statut devait théoriquement les prémunir contre les politiques d’expulsion et de répression qui visent habituellement les musulmans d’origine bengalie, qualifiés localement de « miyas ».
Cette distinction s’inscrit dans le calcul électoral du parti du Premier ministre Narendra Modi, qui vise un troisième mandat consécutif dans cet État. Le ministre en chef de l’Assam, Himanta Biswa Sarma, a multiplié les démarches vers les quelque 4 millions de musulmans autochtones. L’objectif politique est de remporter des circonscriptions décisives dans le nord et l’est de l’Assam, où cette communauté représente une part électorale allant jusqu’à 25 % des votants dans des zones comme Nalbari.
Toutefois, les actions sur le terrain entrent en contradiction avec le discours officiel. Outre les démolitions à Bongora, des centaines de Goriyas avaient déjà été expulsés de terres domaniales dans les districts de Lakhimpur et Golaghat l’année dernière. À ces expulsions s’ajoutent des décisions administratives touchant à l’héritage culturel, telles que le changement de nom récent du seul collège médical de l’État qui portait le nom de Fakhruddin Ali Ahmed, ancien président de l’Inde issu de la communauté Goriya.
Face à la destruction de leurs biens et à la remise en cause de leurs repères historiques, plusieurs représentants et membres de la communauté autochtone rejettent désormais les appels du parti au pouvoir, affirmant que la protection qui leur avait été garantie a disparu sur le terrain.