La promesse d’une école inclusive en France se heurte à une réalité comptable difficile pour la rentrée 2025. Alors que les besoins en accompagnement pour les élèves en situation de handicap ne cessent de croître, les capacités de réponse de l’Éducation nationale française peinent à suivre la cadence imposée par les notifications des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). Un décalage entre les droits notifiés et leur application effective qui vient d’être exposé devant la représentation nationale.
Lors d’une séance à l’Assemblée nationale ce mardi, des données précises issues d’une commission d’enquête parlementaire ont permis de mesurer l’étendue du manque de personnel. Selon les chiffres présentés par la députée socialiste Fatiha Keloua Hachi, basés sur les travaux du rapporteur Sébastien Saint-Pasteur, 48 726 enfants en situation de handicap se sont retrouvés sans accompagnant d’élèves en situation de handicap (AESH) à la rentrée 2025. Ce volume représente 14,2 % des 352 000 élèves disposant pourtant d’une notification officielle ouvrant droit à cette aide.
La situation décrite par la parlementaire marque une détérioration statistique notable par rapport à l’année précédente. L’élue a fait état d’une hausse de 35 % du nombre d’élèves laissés sans solution d’accompagnement comparé à 2024. Cette carence a des répercussions directes sur le tissu social et familial : absence de scolarisation effective pour les enfants concernés, classes surchargées pour les enseignants et obligation pour de nombreux parents de réduire ou cesser leur activité professionnelle pour pallier le manque institutionnel.
Face à ces données, le ministre français de l’Éducation nationale, Edouard Geoffray, a tenu à défendre le bilan gouvernemental en matière d’inclusion. Il a souligné que le nombre d’AESH a progressé de 68 % depuis 2017, érigeant cette fonction au rang de deuxième métier de l’Éducation nationale. Le ministre a également mis en avant une revalorisation salariale de 13 % sur les deux dernières années et la titularisation en contrat à durée indéterminée après trois ans d’exercice. Toutefois, il a admis l’existence de difficultés structurelles, expliquées en partie par une augmentation annuelle de 10 à 13 % des notifications d’accompagnement.
Pour l’exécutif français, la réponse ne doit pas être exclusivement humaine. Edouard Geoffray plaide pour une meilleure articulation entre la compensation individuelle et l’accessibilité pédagogique globale, tout en notant que des milliers d’élèves relevant d’instituts médico-éducatifs demeurent scolarisés en milieu ordinaire faute de places spécialisées. En réaction à ce contexte tendu, l’association Une École Inclusive pour Tous a indiqué engager des actions en justice contre une dizaine d’académies pour non-respect des notifications MDPH.