C’est une présentation qui tranche radicalement avec la réalité du terrain. Alors que la bande de Gaza est dévastée par plus de deux années de bombardements et jonchée de millions de tonnes de décombres, une vision futuriste de l’enclave a été exposée cette semaine en Suisse. Lors du Forum économique mondial de Davos, Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump, a dévoilé les contours d’un « plan directeur » pour l’après-guerre, axé sur le développement immobilier et touristique.
Ce projet, qui n’a fait l’objet d’aucune consultation avec la population palestinienne concernée, transforme la crise humanitaire en opportunité d’investissement, suscitant de vives réactions parmi les observateurs internationaux.
Une vision immobilière sur les ruines
Selon les informations rapportées par notre confrère Al Jazeera, la présentation faite par Jared Kushner s’appuie sur une logique commerciale assumée. Donald Trump lui-même, intervenant au forum, a résumé cette approche avec le pragmatisme d’un promoteur : « Je suis un agent immobilier dans l’âme, et tout est une question d’emplacement. J’ai dit, regardez cet emplacement sur la mer, regardez ce magnifique terrain, ce qu’il pourrait être pour tant de personnes ».
Cette perspective occulte les lourds bilans humains, avec plus de 71 000 Palestiniens tués depuis octobre 2023 et des infrastructures anéanties. Le plan américain propose de remplacer ce paysage de guerre par une « Nouvelle Gaza » et une « Nouvelle Rafah ». Les projections incluent la construction de plus de 100 000 logements, des parcs industriels ordonnés et même un nouvel aéroport situé près de la frontière égyptienne.
Gratte-ciels et zones touristiques
Les détails techniques du projet, illustrés par des cartes à code couleur et des images générées par intelligence artificielle, montrent une transformation physique totale du territoire. L’administration Trump envisage de zoner la quasi-totalité du front de mer en rose, désignant une zone de « tourisme côtier » qui pourrait accueillir jusqu’à 180 gratte-ciels.
Le calendrier de développement se décline en quatre phases, débutant à Rafah au sud pour remonter progressivement vers le nord et la ville de Gaza. Jared Kushner a estimé que la construction de ces nouveaux aménagements prendrait deux à trois ans. Toutefois, aucune précision n’a été fournie concernant le logement des populations déplacées durant cette période de reconstruction massive.
Un « Conseil de la Paix » aux tickets d’entrée élevés
Pour superviser cette refonte, Donald Trump a officialisé la charte de son « Conseil de la Paix » (Board of Peace). Cette structure, qui se pose en rivale potentielle des Nations Unies, compte dans son exécutif des figures comme l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, le secrétaire d’État américain Marco Rubio et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
L’adhésion à ce conseil fonctionne sur un modèle financier strict : ceux qui souhaitent obtenir un siège permanent doivent s’acquitter d’un milliard de dollars. L’objectif affiché est de faire grimper le PIB de Gaza à 10 milliards de dollars d’ici 2035, contre un effondrement actuel à 362 millions de dollars. Pour évaluer l’urgence à Gaza, Hakan Fidan cible trois interlocuteurs stratégiques dans le monde arabe, mais ce nouveau plan américain semble ignorer les acteurs régionaux traditionnels au profit d’une approche purement économique.
Sécurité et exclusion des Palestiniens
Le volet sécuritaire reste la pierre angulaire de ce dispositif. Jared Kushner a insisté sur le fait que « sans sécurité, personne ne fera d’investissements ». Le plan exige le désarmement complet du Hamas. Les membres du groupe qui accepteraient de rendre les armes pourraient, selon les documents présentés, se voir offrir une amnistie ou être intégrés dans une nouvelle force de police palestinienne après vérification.
Le point le plus critiqué de ce projet reste l’absence totale de concertation locale. Amjad Shawa, directeur du Réseau des ONG palestiniennes, a confirmé qu’aucun acteur de la société civile n’avait été inclus dans les discussions. Une exclusion qui résonne avec la situation en Cisjordanie : Les conclusions du bureau humanitaire de l’ONU sur l’impact réel de l’opération militaire lancée à Hébron soulignent régulièrement la marginalisation des populations locales dans les décisions qui les concernent.