La stratégie énergétique de l’Union européenne fait face à l’épreuve des chiffres. Alors que Bruxelles multiplie les annonces pour réduire sa dépendance extérieure et isoler Moscou, les données consolidées pour l’année 2025, publiées par Eurostat et relayées par l’agence Anadolu, dessinent une réalité commerciale bien différente des objectifs politiques affichés. Le bilan annuel met en lumière une augmentation significative des flux entrants et une reconfiguration drastique des alliances gazières.
**Une dépendance accrue et une facture en hausse**
Loin de la sobriété annoncée, l’appétit de l’Europe pour le gaz naturel a connu un rebond marqué. Selon les statistiques officielles, le volume total de gaz importé par les Vingt-Sept a bondi de 25,9 % en 2025 par rapport à l’année précédente. Cette hausse de la demande s’accompagne d’un alourdissement de la facture énergétique, la valeur de ces importations ayant progressé de 36,1 % sur la même période.
Cette dynamique profite à l’ensemble des fournisseurs, mais elle consacre surtout la prédominance absolue d’un acteur : les États-Unis. D’après une étude de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA) citée dans le rapport, les importations de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) américain ont grimpé de 61 % en un an. Washington assure désormais près de 60 % des approvisionnements européens en GNL. À titre de comparaison, la part américaine ne s’élevait qu’à 5 % en 2021, illustrant un basculement structurel de l’approvisionnement du continent.
**La persistance des flux russes malgré les sanctions**
Le rapport d’Eurostat éclaire également la situation complexe vis-à-vis de la Russie. Bien que l’Union européenne ait acté une stratégie de sortie progressive, visant un arrêt total des importations d’hydrocarbures russes d’ici 2027, Moscou demeure un fournisseur actif. En 2025, la Russie a représenté 12,7 % des volumes de GNL importés en Europe.
Le calendrier des sanctions prévoit pourtant un durcissement imminent. Le 19e paquet de sanctions adopté par l’UE interdit les nouveaux contrats d’importation de gaz russe dès le 1er janvier 2026. L’interdiction s’étendra aux contrats de court terme sur le GNL dès avril 2026, avant une prohibition totale incluant les contrats de long terme au 1er janvier 2027. Ces mesures visent à interdire tout achat, importation ou transfert de GNL exporté depuis la Russie.
**Le positionnement stratégique de l’Algérie et de la Norvège**
Dans cette nouvelle architecture, l’Afrique du Nord joue un rôle central. L’Algérie se maintient comme un partenaire clé de la sécurité énergétique européenne. Elle se classe au troisième rang des fournisseurs de GNL avec 7,7 % des parts de marché. Concernant le gaz acheminé par gazoduc, Alger occupe la deuxième position, fournissant 14,6 % des volumes, juste devant le Royaume-Uni (13,4 %). La Norvège reste le leader incontesté sur ce segment, assurant plus de la moitié (51,8 %) des approvisionnements par tube.
**Des stocks sous tension**
Cette hausse des importations intervient dans un contexte de baisse des réserves. Les niveaux de stockage de gaz en Europe ont terminé l’année 2025 en recul, s’établissant à environ 50 % de remplissage moyen à l’échelle de l’UE, contre 61 % un an plus tôt. Des pays comme les Pays-Bas (36 %), le Royaume-Uni (41 %) ou le couple franco-allemand (autour de 42 %) affichent des taux inférieurs à la moyenne. L’Agence internationale de l’énergie confirme par ailleurs que la consommation mondiale de gaz a atteint un nouveau record en 2025.