À l’approche de l’anniversaire de la révolution de 1979, les autorités iraniennes intensifient la pression sur les foyers de contestation. Alors que l’économie nationale subit une dévaluation historique, la répression s’étend désormais au tissu économique privé. Au-delà des interventions policières classiques, le pouvoir judiciaire déploie un mécanisme de coercition financière et morale visant spécifiquement les établissements soupçonnés de sympathie envers les manifestants.
Depuis la fin du mois de décembre, une vague de fermetures administratives frappe les commerces de Téhéran. Des dizaines de petites et moyennes entreprises, notamment des cafés, des restaurants, des galeries d’art et des torréfacteurs, ont été mises sous scellés par la police chargée de la surveillance des espaces publics. Si les notifications officielles évoquent des « violations des règles du pays », le ciblage est précis : il concerne les établissements ayant observé les grèves ou exprimé leur soutien au mouvement de contestation via des publications sur les réseaux sociaux.
Cette offensive contre le secteur privé prend une tournure plus radicale avec l’utilisation de lettres d’aveux forcés. L’agence de presse Fars, proche du Corps des Gardiens de la révolution islamique, a diffusé l’image d’une lettre attribuée à Mohammad Ali Saedinia, un homme d’affaires de 81 ans gérant plusieurs franchises populaires. Le document, présenté comme une confession, contient des excuses publiques pour avoir fermé ses magasins, qualifiant l’acte d’erreur alignée sur les « ennemis de l’Iran et de l’Islam ». Le pouvoir judiciaire a confirmé que l’homme est actuellement incarcéré et que l’ensemble de ses actifs a été confisqué pour « compenser les dommages » causés durant les troubles.
Ce durcissement sécuritaire intervient dans un contexte de bilan humain lourd et contesté. Alors que le gouvernement iranien évoque 3 117 morts, attribuant les violences à des « émeutiers » soutenus par l’étranger, les organisations de défense des droits humains avancent des chiffres bien supérieurs. Selon Mai Sato, Rapporteuse spéciale de l’ONU sur l’Iran, le nombre de civils tués pourrait dépasser les 20 000, bien que le filtrage massif d’Internet rende la vérification difficile. L’agence Human Rights Activists News Agency, basée aux États-Unis, documente pour sa part près de 7 000 décès confirmés.
La crise sociale se double d’un effondrement économique. La monnaie nationale, le rial, s’échange désormais aux alentours de 1,62 million pour un dollar américain, frôlant ses plus bas historiques. Au Grand Bazar de Téhéran, l’activité commerciale peine à reprendre. Al Jazeera rapporte les propos d’un marchand de moteurs électriques indiquant que les ventes plafonnent à 60 % de leur niveau habituel, les transactions se faisant presque exclusivement en espèces face à l’incertitude bancaire.
Malgré ce climat délétère, le régime théocratique prépare activement les célébrations de mercredi marquant la chute du Shah. Le Guide suprême Ali Khamenei et le président Masoud Pezeshkian ont appelé la population à participer massivement aux rassemblements organisés par l’État pour « décevoir l’ennemi ». Parallèlement, sur le front diplomatique, des discussions indirectes se poursuivent avec les États-Unis via la médiation d’Oman, tandis que Washington maintient une présence militaire accrue dans la région face aux tensions persistantes avec Israël.