Derrière la réussite commerciale de l’American Dara Academy, le mécanisme de sanction interne qui a provoqué l’intervention directe du consulat américain

La procédure judiciaire enclenchée par la Brigade de recherches de Keur-Massar vient de connaître un tournant décisif avec le défèrement, ce mardi, de quatre responsables de l’American Dara Academy. Ce dossier, qui mobilise désormais les juridictions sénégalaises et la diplomatie américaine, ne se limite pas à une simple infraction administrative. Derrière les murs de cet établissement prisé, c’est tout un système de gestion des pensionnaires qui se trouve aujourd’hui au cœur des investigations, suite à une intervention formelle des services de l’ambassade des États-Unis.

L’affaire trouve sa source dans une plainte déposée le 12 janvier auprès du procureur de la République de Pikine-Guédiawaye par Patrick Grey, directeur de la sécurité de l’ambassade américaine à Dakar. Selon nos informations, reprenant des éléments de Kawtef, cette saisine fait suite aux signalements d’un élève parvenu à s’enfuir en août 2025, suivis de nouvelles alertes en décembre de la même année. Ces dénonciations faisaient état de traitements dégradants infligés à des mineurs américains au sein de cette structure qui avait pourtant bâti une solide réputation.

Fondée en 2019 par un binational américano-guinéen, l’American Dara Academy affichait une réussite commerciale indéniable, générant un chiffre d’affaires mensuel estimé à 300 millions de FCFA grâce à l’accueil de plus de 300 élèves. Pour gérer cet afflux, une annexe avait été ouverte à Toubab Dialao en septembre 2025. C’est précisément sur ce site, qui fonctionnait sans autorisation du ministère de l’Éducation nationale, que les enquêteurs ont concentré leurs recherches.

La descente effectuée le 15 janvier 2026 a permis de confronter la réalité des lieux aux descriptions fournies par les plaignants. Au-delà de l’insalubrité des infrastructures — sanitaires à ciel ouvert et bâtiments inachevés — les auditions de quatre pensionnaires ont mis en lumière l’existence d’une pièce spécifique, surnommée la « Magic Room ». Ce local est décrit par les témoins comme une cellule de détention interne où les élèves jugés récalcitrants étaient enfermés pour des motifs parfois mineurs, tels que des interactions non autorisées.

Les éléments du dossier révèlent une divergence notable entre les expertises sollicitées. Si le médecin du centre de santé de Keur-Massar a conclu à des « égratignures superficielles » compatibles avec des accidents domestiques, le rapport de l’Action éducative en milieu ouvert (Aemo) dresse un constat bien plus sévère. Les inspecteurs y décrivent une « violence institutionnelle » et une absence totale de mécanismes de protection de l’enfance.

Face aux enquêteurs, les mis en cause ont adopté des lignes de défense variées. Le fondateur a reconnu l’illégalité de l’annexe tout en réfutant les accusations de torture, tandis que les superviseurs ont admis avoir « sermonné » les élèves sans recourir à la violence physique. Poursuivis notamment pour violences, sévices corporels et mise en danger de la vie d’autrui, les quatre responsables sont désormais à la disposition du parquet de Pikine-Guédiawaye.

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