C’est une prise de parole qui tranche par sa franchise diplomatique, quelques jours seulement après une séquence très médiatisée en Suisse. Alors que le président américain vient d’officialiser le lancement de son « Board of Peace » à Davos, une initiative perçue par certains observateurs comme une alternative au système international actuel, la réaction venue d’Amérique du Sud ne s’est pas fait attendre. Dans une allocution prononcée vendredi, le chef de l’État brésilien a livré une analyse particulièrement critique de la vision géopolitique de son homologue américain.
L’intervention de Luiz Inacio Lula da Silva, effectuée depuis l’État du Rio Grande do Sul, s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes autour du multilatéralisme. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le président brésilien estime que la démarche de Donald Trump ne vise pas à réformer les institutions existantes, mais à opérer un remplacement pur et simple de l’architecture mondiale, selon des règles bien précises.
Une vision propriétaire de la gouvernance mondiale
Pour le dirigeant brésilien, l’objectif de la Maison Blanche dépasse la simple création d’un nouveau cercle d’influence. « Au lieu de réparer » les Nations Unies, Donald Trump « propose de créer une nouvelle ONU dont lui seul est le propriétaire », a déclaré Lula. Cette terminologie, qui renvoie davantage au monde de l’entreprise qu’à la diplomatie classique, souligne la crainte de voir les instances de régulation internationale passer sous un contrôle unilatéral.
Au-delà de la structure institutionnelle, c’est la méthode de gouvernance qui est pointée du doigt. Le président brésilien a déploré une gestion des affaires mondiales qui s’opérerait désormais « par Twitter ». « C’est remarquable. Chaque jour, il dit quelque chose, et chaque jour, le monde parle de ce qu’il a dit », a-t-il ajouté, cité par le quotidien Folha de Sao Paulo, dénonçant ce qu’il qualifie de « loi de la jungle » dans les relations internationales.
Le coût financier de la nouvelle alliance
Cette sortie médiatique intervient alors que le « Board of Peace », dont le Maroc est récemment devenu membre fondateur, impose des conditions d’adhésion drastiques. Le projet de charte de cette nouvelle entité stipule que les pays souhaitant rester membres au-delà de trois ans devront s’acquitter d’une somme d’un milliard de dollars. Un montant qui contraste avec les contributions obligatoires à l’ONU, où les États-Unis, bien qu’en retard de paiement, devaient verser 820 millions de dollars pour l’année 2025 sur un budget annuel global d’environ 3,72 milliards.
La position de Brasilia s’aligne sur une défense stricte de la charte des Nations Unies, que Lula estime être « en train d’être déchirée ». Cette posture a été confortée par un échange téléphonique avec le président chinois Xi Jinping, qui a exhorté son homologue brésilien à sauvegarder le « rôle central » de l’ONU. Pendant ce temps, l’administration américaine poursuit son retrait de plusieurs organes onusiens, redirigeant les financements de l’aide internationale vers les dépenses militaires.