Décimée par les exécutions et l’exil sous l’ancien régime, la formation politique qui opère une remontée spectaculaire avant le scrutin de février au Bangladesh

Le Bangladesh s’apprête à vivre, le 12 février prochain, un tournant historique avec la tenue de ses premières élections générales depuis le soulèvement étudiant qui a conduit à la chute et à l’exil de Sheikh Hasina en août 2024. Dans ce paysage politique en pleine recomposition, où le parti Awami League de l’ancienne Première ministre a été banni, l’attention se focalisait jusqu’ici sur le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP). Pourtant, une dynamique électorale inattendue est en train de se dessiner, remettant en cause les certitudes établies.

Selon les informations rapportées par notre source Al Jazeera, des sondages récents indiquent un resserrement significatif des intentions de vote. Alors que le BNP, longtemps considéré comme l’alternative naturelle, est crédité de 33 à 34,7 % des voix, son avance s’effrite face à la montée d’une alliance dirigée par la Jamaat-e-Islami. Cette formation, créditée de près de 30 à 33,6 % des suffrages selon différentes enquêtes, opère un retour au premier plan après avoir été méthodiquement démantelée durant la dernière décennie.

**Une résilience politique après des années de répression**

Ce retournement de situation surprend par son ampleur, compte tenu de l’histoire récente de l’organisation. Durant les quinze années de règne de Sheikh Hasina, la Jamaat-e-Islami a fait l’objet d’une répression sévère : interdiction officielle, exécutions de ses hauts dirigeants pour crimes de guerre liés au conflit de 1971, et emprisonnements massifs. Abdur Razzak, un sympathisant interrogé par nos confrères, souligne que cette période de souffrance a paradoxalement renforcé la crédibilité du parti aux yeux d’une partie de l’électorat, qui perçoit désormais ses membres comme des victimes d’un système autoritaire.

**Une stratégie de repositionnement**

Pour élargir sa base électorale, la direction actuelle du parti, emmenée par Shafiqur Rahman, tente de s’éloigner de l’étiquette purement religieuse pour se positionner sur le terrain de la gouvernance et de la lutte contre la corruption. L’alliance nouée avec le Parti national des citoyens (NCP), issu du mouvement étudiant de 2024, illustre cette volonté de rajeunissement et de rupture avec les clivages traditionnels.

Syed Abdullah Mohammed Taher, chef adjoint de la Jamaat, insiste sur le fait que les électeurs, lassés par l’alternance binaire entre l’Awami League et le BNP, cherchent une « troisième voie ». Dans une démarche inédite visant à rassurer les minorités et à prouver son ouverture, le parti a même investi un candidat hindou, Krishna Nandi, dans la ville de Khulna.

**Enjeux régionaux et regard des voisins**

Cette percée potentielle est scrutée avec attention, voire inquiétude, par les chancelleries voisines, notamment à New Delhi. L’Inde, alliée historique de Sheikh Hasina, pourrait voir d’un mauvais œil l’arrivée au pouvoir d’une coalition incluant une force politique historiquement hostile à son influence. Thomas Kean, consultant pour l’International Crisis Group, note que si la Jamaat est en passe d’enregistrer ses meilleurs résultats historiques, sa capacité à gouverner et à maintenir des relations diplomatiques stables, particulièrement avec l’Inde, reste un défi majeur pour la stabilité de la région.

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