De la rébellion des années 90 à la quête spirituelle : un monument du rap sénégalais s’est éteint aux États-Unis

Le paysage musical sénégalais perd l’une de ses figures les plus emblématiques. Un pionnier qui a façonné les consciences de toute une génération, des années 90 à nos jours, vient de rendre l’âme loin de sa terre natale, laissant derrière lui un héritage culturel dense et un ultime projet de transmission inachevé.

Cheikh Bou Coly, plus connu sous le nom de scène Daddy Bibson, s’est éteint aux États-Unis à l’âge de 52 ans. Selon les informations publiées par le journal Le Quotidien, l’artiste luttait depuis plusieurs années contre le diabète. Exilé en Amérique du Nord, notamment à Los Angeles où il cherchait des voies d’investissement pour son pays, il s’était également impliqué dans la sensibilisation autour de sa maladie, malgré un manque de soutien institutionnel qu’il déplorait.

Avec sa disparition, c’est le « Général » du rap Galsen qui tire sa révérence. À la fin des années 90, Daddy Bibson avait cofondé le mythique groupe Rap’adio aux côtés de Keyti et Iba. Reconnaissable à sa voix rocailleuse, il refusait l’étiquette de simple militant pour revendiquer celle d’« artiviste », utilisant le micro pour dépeindre les réalités sociales difficiles. Cet engagement s’est aussi traduit sur le terrain citoyen et politique, avec sa participation au mouvement M23 et son soutien passé au Parti socialiste de Ousmane Tanor Dieng, tout en restant viscéralement ancré dans son quartier de Fass.

Au fil de sa carrière riche de 13 albums solo, l’ancien membre de Pee Froiss avait opéré une profonde métamorphose. Délaissant le rap de ses débuts, il s’était tourné vers la musique spirituelle sous le nom de Tidiani 733. Pour lui, la spiritualité constituait le seul socle solide pour bâtir le pays, une philosophie illustrée par ses récents projets comme l’album « Zion Play liste ».

Malgré la maladie et la distance, le lien avec la relève n’a jamais été rompu. Le Quotidien précise que l’artiste travaillait jusqu’à ses derniers jours sur le projet « Rap’adio New Generation ». Cet album de transmission devait réunir de jeunes talents, tels que Nara Pee ou Ada Knibal, pour réinterpréter les classiques de son ancien groupe. Un projet pensé comme un passage de flambeau par celui qui considérait le rap non pas comme un métier, mais comme un mode de vie.

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