Alors que l’attention internationale reste massivement focalisée sur les opérations militaires dans la bande de Gaza, une transformation silencieuse mais radicale s’opère en Cisjordanie occupée. Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances, a franchi une nouvelle étape dans son projet politique de longue date, modifiant en profondeur la gestion administrative du territoire pour l’aligner sur celle de l’État hébreu.
**Une normalisation administrative de l’occupation**
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le gouvernement israélien a annoncé de nouvelles règles facilitant considérablement l’acquisition de terres par des citoyens juifs en Cisjordanie. L’objectif affiché par cette réforme est de permettre « aux Juifs d’acheter des terres en Judée-Samarie [nom biblique de la Cisjordanie] exactement comme ils le font à Tel-Aviv ou à Jérusalem ».
Cette mesure ne relève pas d’une simple bureaucratie. Elle concrétise le transfert progressif de l’autorité sur ces territoires, passant d’un contrôle militaire — norme en zone occupée — à un contrôle civil direct sous l’égide de Bezalel Smotrich. Ce basculement administratif était l’une des conditions centrales posées par le leader du Parti sioniste religieux pour rejoindre la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu en 2022.
**Une stratégie idéologique planifiée**
Loin d’être une improvisation liée au contexte actuel, cette démarche s’inscrit dans une vision exposée dès 2017 par Smotrich dans ce qu’il nommait son « Plan Décisif ». Ce document proposait aux Palestiniens de Cisjordanie trois options radicales : le départ, l’acceptation d’une domination israélienne permanente ou l’affrontement militaire.
Orly Noy, journaliste pour le magazine israélien Local Call, explique à nos confrères d’Al Jazeera que la force de Smotrich réside dans sa capacité à transformer l’idéologie en mécanismes d’État. Contrairement à son allié Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale, souvent décrit comme cherchant le chaos, Smotrich travaille méthodiquement à « l’ordre » par l’annexion. Il a ainsi réussi à détourner des millions de shekels vers le mouvement des colons, alors même que d’autres budgets ministériels subissaient des coupes.
**« Enterrer l’idée d’un État palestinien »**
L’impact de ces décisions sur le terrain est immédiat. En juin 2024, des pouvoirs supplémentaires ont été officiellement transférés de l’armée à l’Administration des colonies dirigée par le ministre des Finances. Ce dernier ne cache pas ses intentions : il s’est récemment félicité que ces nouvelles implantations et réformes juridiques allaient « enterrer l’idée d’un État palestinien ».
Cette politique s’accompagne d’une recrudescence de la violence des colons, qui agissent avec un sentiment d’impunité grandissant. Le député israélien Ofer Cassif dénonce une complicité au sommet de l’État, affirmant que « Netanyahu, Smotrich et d’autres ministres n’interfèrent pas avec ces groupes ».
Bien que les sondages actuels suggèrent que le parti de Smotrich pourrait peiner à atteindre le seuil d’éligibilité lors des prochaines élections, plusieurs analystes, dont Ori Goldberg, estiment que l’essentiel est déjà fait : l’extrémisme et la vision d’une annexion totale sont désormais ancrés dans le débat national et, surtout, dans la structure administrative israélienne.