Le refus de plusieurs pays membres de l’OTAN de s’engager dans la guerre en Iran a provoqué une fracture diplomatique majeure avec les États-Unis. Alors qu’un retrait formel de l’alliance militaire se heurte à des obstacles législatifs à Washington, l’administration américaine étudie d’autres leviers d’action pour sanctionner la position de ses partenaires.
Selon les éléments rapportés par la chaîne Al Jazeera, le président Donald Trump a qualifié ce manque de soutien de « tache sur l’alliance qui ne disparaîtra jamais ». Une situation que le chancelier allemand Friedrich Merz a décrite comme un « test de résistance transatlantique ». Pour Jim Townsend, chercheur au Center for a New American Security, la dynamique habituelle est rompue et l’alliance n’a jamais été aussi proche d’une rupture.
Bien qu’un retrait officiel des États-Unis exige une majorité des deux tiers au Sénat américain ou une loi du Congrès – un scénario jugé peu probable à court terme –, le locataire de la Maison-Blanche dispose d’autres prérogatives. Le Wall Street Journal indique que Donald Trump envisage de déplacer certaines bases militaires américaines situées dans des pays jugés peu coopératifs durant le conflit iranien, afin de les transférer vers des nations plus favorables à sa politique. Les États-Unis maintiennent actuellement environ 84 000 soldats sur le continent européen. D’autres options incluent la fermeture de bases, l’arrêt de la coordination militaire, ou la remise en question de l’article 5 du traité, qui prévoit une obligation de défense collective sans pour autant imposer une réponse militaire automatique.
Face à ces incertitudes et aux précédentes crises diplomatiques, les dépenses de défense des États membres ont augmenté de plus de 62 % entre 2020 et 2025. Cependant, un rapport de l’International Institute for Security Studies (IISS) souligne la dépendance persistante de l’Europe envers les capacités américaines, notamment pour les frappes en profondeur, le renseignement satellitaire, la logistique et la défense antimissile. Combler ces lacunes nécessiterait plus d’une décennie de travail et un investissement estimé à 1 000 milliards de dollars pour remplacer les équipements conventionnels américains.
Le calendrier de cette réorganisation est pressant. Le chef d’état-major de l’armée allemande, le général Carsten Breuer, estime que la Russie pourrait avoir reconstitué ses forces pour menacer le territoire de l’OTAN d’ici 2029, tandis que d’autres évaluations anticipent ce risque dès 2027.
L’ancien ambassadeur d’Italie auprès de l’OTAN, Stefano Stefanini, rappelle néanmoins que l’alliance ne fonctionne pas à sens unique. Après les attentats du 11 septembre 2001, l’article 5 a été invoqué pour soutenir les opérations américaines en Afghanistan, entraînant la mort de centaines de soldats européens. Plus récemment, les bases européennes ont servi de sites de transit logistique pour l’armée américaine lors de la guerre en Iran, y compris dans des pays ayant publiquement pris leurs distances avec le conflit.