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Chronique : “Coronavirus et la revanche de la campagne” (Par Mamadou Ibra Kane) – [Audio]

Saviez-vous comment les Ruraux appellent les Citadins ? Nous vous le donnons en mille : Corona ! Ne riez pas. Ce surnom que les villageois collent aux gens de la ville n’est pas du mépris. Encore moins de la stigmatisation. Juste pour dire, dans leur entendement, que le coronavirus – avec leur façon à eux de le prononcer – n’est… qu’une maladie urbaine.

Là-bas, dans le lointain pays, on vous salue en vous serrant la main. Comme si de rien n’était. Et on vous regarde bizarrement quand vous opposez un des gestes barrières favoris. Eh bien, il faut le savoir, vous êtes considéré comme venant directement de la planète Mars ! C’est à la limite si on ne vous demande pas : “mais c’est quoi cette manière de vivre ?” La distanciation sociale y est vécue comme une fracture sociale. Il n’est pas facile de passer, sans transition, de la chaleur rurale à la froideur urbaine. L’inverse est sûrement valable. Vive alors la CULTURE RURBAINE !

Pour l’heure, la rupture est perceptible entre les villes et les campagnes. Le “pays réel”, comprenez le monde rural, est en décalage, voire en déphasage avec le pays prétendument utile mais, en réalité, superficiel. L’ordre social s’est inversé. Longtemps regardé de haut par le citadin, le campagnard tient sa revanche. La Ville, avec ses lumières et ses immeubles, ses voitures et ses routes, ses ports et ses aéroports, ses marchés et ses supermarchés, ses gens endimanchés, ses paysans du dimanche ; cette ville-là ne fait plus rêver au village. Bien au contraire ! Elle est de plus en plus perçue comme une usine de fabrication de maladies à ciel ouvert. Les zoonoses ne sont-elles pas la conséquence des agressions citadines contre l’écosystème ? De la viande de cheval en quantité industrielle ne vient-elle pas d’être saisie après qu’une bonne partie a probablement pu être placée sur le marché ? Et peut-être même consommée. Qui sait ? L’équilibre de la nature est rompu avec son lot de maladies, d’épidémies, de pandémies et d’endémies. On le voit : la perception de l’Urbain par le Rural n’est pas forcément réductrice. Quand bien même l’espiègle virus ne connaîtrait pas de frontières.

“Le Sénégal d’en-haut” qui regarde de haut “le Sénégal d’en bas”. La même observation pourrait être faite entre le monde dit intellectuel et les milieux maraboutiques. L’attitude hautaine de l’un est perçue chez l’autre comme arrogante. Disons-le : l’intellectuel (francisant) se croit investi d’une “mission civilisatrice” à l’égard du marabout (arabisant). Le premier prétend penser pour le second qui serait incapable de penser par lui-même et pour lui-même. Mépris. Méprise. Erreur.

Le changement de paradigme devient dès lors nécessaire. Le Francisant doit aller à la rencontre de l’Arabisant. L’Occidental ou l’Occidentalisant se réconcilie ainsi avec l’Oriental ou l’Orientalisant. Notre équation au Sénégal, pays d’héritage à la fois traditionnel, oriental (islamisation) et occidental (colonisation), ne relève-t-elle pas du modèle de société qui nous ressemble dans un monde où, justement, les sociétés s’uniformisent. Modéliser notre société et socialiser notre modèle social. Tels seraient les termes de l’équation. Là où gît l’incompréhension, c’est que le religieux est considéré comme un citoyen “spécial” quand lui se considère, du fait de l’attitude condescendante du francisant, comme un citoyen de “seconde zone”.

Gardons-nous d’opposer les deux mondes qui ne devraient être qu’un. Le marabout que nous stigmatisons est pourtant celui vers qui nous nous tournons. Pour recueillir des prières, vaincre nos peurs, dissiper nos doutes, panser nos blessures morales. Paradoxes. Les religieux, notamment ceux d’inspiration confrérique, et les plus avertis l’ont écrit avant nous, constituent pour le Sénégal une soupape de sécurité, un talisman. Plus clairement, si nous nous amusons à faire de nos chefs religieux des adversaires et non des partenaires privilégiés, les djihadistes seront nos interlocuteurs. Ils profiteront du vide, disons de la béance pour s’imposer. Dès lors, ils finiront par nous imposer leur mode de vie et de penser. Scénario catastrophe. Inenvisageable dans un contexte de tradition sunnite bien établie ! Pour notre survie, agissons de sorte que la religion soit le summum et non l’opium du peuple.

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