Le dialogue politique entre Pékin et Taipei vient de franchir une étape notable. La cheffe de l’opposition taïwanaise, Cheng Li-wun, a été reçue à Pékin par le président chinois Xi Jinping. Lors de cette rencontre au Palais de l’Assemblée du Peuple, les deux dirigeants ont affiché leur opposition à l’indépendance de Taïwan et plaidé pour une résolution pacifique de leur différend historique.
Au-delà des déclarations d’intention, un point précis des échanges redessine l’approche sécuritaire de la région. Selon les informations rapportées par la chaîne Al Jazeera, la représentante du Kuomintang (KMT) a laissé entendre qu’elle freinerait le renforcement militaire de Taïwan. Évoquant un « arrangement institutionnel pour la prévention de la guerre », Cheng Li-wun a signifié sa volonté de ralentir l’acquisition d’armements américains, privilégiant une approche diplomatique à la dissuasion militaire stricte face à Pékin.
Cette position trouve une traduction concrète au sein de l’assemblée législative taïwanaise. Le KMT y bloque depuis plusieurs mois un budget spécial de 40 milliards de dollars destiné à la défense, jugeant ce projet trop vaste. Le parti d’opposition a proposé à la place une alternative plafonnée à 12 milliards de dollars.
Lors des discussions à huis clos, Xi Jinping a insisté sur les liens de sang et l’histoire partagée entre les deux rives du détroit, affirmant que ces éléments « ne peuvent être effacés ». Les deux parties ont également exprimé d’une même voix leur rejet de toute ingérence étrangère.
À Taipei, l’exécutif en place a fermement rejeté cette démarche. Le président taïwanais Lai Ching-te, issu du Parti démocrate progressiste (DPP), a accusé le KMT d’esquiver les négociations internes tout en retardant le vote du budget de la défense. Il a souligné que les compromis avec des régimes autoritaires sacrifient la souveraineté sans garantir la paix, rappelant que l’armée chinoise a mené six séries d’exercices militaires à balles réelles autour de l’île depuis 2022.
Cette rencontre au sommet intervient dans un contexte de mutation identitaire profonde à Taïwan. Une enquête de l’Université nationale Chengchi, menée en 2025, révèle que 62 % des sondés s’identifient exclusivement comme Taïwanais, contre seulement 17,6 % en 1992, soulignant un éloignement statistique croissant avec la notion d’identité chinoise commune.