Le président de l’Union nationale des Chambres de commerce du Sénégal (UNCCS), Serigne Mboup, a réagi à l’initiative de réforme des Chambres consulaires annoncée par le ministre du Commerce. S’il salue une démarche qu’il juge nécessaire et attendue par les acteurs économiques, il prévient toutefois qu’aucune réforme durable ne saurait aboutir sans le respect strict de la légalité, en particulier au niveau de la Chambre de commerce de Dakar.
Selon lui, la volonté de moderniser et de réformer les Chambres consulaires est positive. Cependant, elle risque de rester sans effets concrets tant que certaines situations d’irrégularité institutionnelle persistent.
Éviter les erreurs du passé
Serigne Mboup appelle les autorités à tirer les leçons des expériences antérieures. Il met en garde contre l’adoption de textes discriminatoires ou inapplicables, susceptibles d’être annulés par la justice. À ce propos, il rappelle le décret de 2014 annulé par la Cour suprême, ainsi que la loi votée en 2017, restée sans application effective.
Pour le président de l’UNCCS, le problème majeur ne réside pas dans l’absence de textes juridiques, mais dans leur non-application rigoureuse, ainsi que dans la confiscation prolongée de certaines institutions par des acteurs dépourvus d’activité économique réelle.
Dakar au cœur des préoccupations
La situation de la Chambre de commerce de Dakar constitue, selon Serigne Mboup, le principal point de blocage. Il dénonce des dysfonctionnements persistants et rappelle que d’importantes ressources issues du port de Dakar sont mobilisées, alors que les textes prévoient leur répartition au profit de l’ensemble du réseau consulaire national.
Il exhorte ainsi l’autorité administrative à faire appliquer avec rigueur les décisions de justice, notamment celles rendues par les juridictions de Dakar, afin de rétablir l’ordre et la légalité dans la gouvernance consulaire.
Le cas du Marché d’Intérêt National
Le président de l’UNCCS évoque également le Marché d’Intérêt National (MIN), dans lequel l’État du Sénégal a investi plus de 50 milliards de francs CFA. Selon lui, cet outil stratégique doit bénéficier équitablement à l’économie nationale et ne saurait devenir une source de déséquilibres ou de tensions entre les Chambres de commerce.
Une gouvernance contestée
Serigne Mboup souligne que la gouvernance actuelle de la Chambre de commerce de Dakar fait l’objet de contestations juridiques toujours pendantes, alimentant une confusion institutionnelle préjudiciable à la crédibilité du secteur privé sénégalais.
« Il est arrivé que, lors de réunions officielles, deux personnes se présentent comme président de la même institution publique régie par décret. Ce n’est ni normal ni acceptable dans un État de droit », a-t-il déploré.
Des conséquences économiques préoccupantes
Au-delà des questions institutionnelles, Serigne Mboup alerte sur les conséquences économiques directes de cette instabilité : blocage de financements internationaux, perte de confiance des partenaires techniques et financiers, et fragilisation des Chambres de commerce les moins dotées.
Il regrette également que certaines ressources consulaires soient utilisées dans un climat de division, au détriment de la mission fondamentale des Chambres, à savoir l’accompagnement du secteur privé et le développement économique des territoires.
Réformes oui, mais sur des bases saines
Tout en réaffirmant sa disponibilité à accompagner les réformes initiées par le ministère du Commerce, Serigne Mboup insiste sur la nécessité d’un cadre clair, équitable et conforme aux textes en vigueur.
« On ne peut pas réformer durablement dans la confusion. La réforme doit commencer par le respect strict de la légalité, la transparence dans la gestion des fonds publics et l’équité entre toutes les Chambres », a-t-il martelé.
Le président de l’Union nationale des Chambres de commerce appelle ainsi l’État à clarifier sans délai la situation de Dakar, condition indispensable, selon lui, pour restaurer la crédibilité des Chambres consulaires et garantir le succès de toute réforme d’envergure.