C’est un tournant majeur dans la gestion de l’une des voies maritimes les plus stratégiques au monde. Alors que le contrôle des infrastructures portuaires du Canal de Panama faisait l’objet de vives tensions géopolitiques entre Washington et Pékin, les autorités panaméennes ont acté un changement d’opérateur immédiat. Cette décision fait suite à un arrêt de la Cour suprême invalidant les contrats en vigueur, redessinant ainsi les équilibres commerciaux dans la zone.
L’Autorité maritime du Panama (AMP) a officialisé, ce vendredi, le transfert de la gestion des ports de Balboa et Cristobal, situés aux deux extrémités du canal. Selon les informations relayées par Al Jazeera, cette responsabilité incombe désormais à APM Terminals, filiale du groupe danois Maersk. L’entreprise européenne a été désignée comme « administrateur temporaire » de ces infrastructures vitales, qui traitent environ 5 % du commerce mondial.
Cette réorganisation intervient au lendemain d’une décision de justice lourde de conséquences. La Cour suprême du Panama a jugé inconstitutionnels les contrats détenus par la firme basée à Hong Kong, CK Hutchison, via sa filiale Panama Ports Company (PPC). La juridiction a motivé son arrêt en pointant un « parti pris disproportionné » en faveur de l’entreprise chinoise dans les termes de l’accord initial.
**Un contexte marqué par les menaces de Donald Trump**
Ce dossier s’inscrit dans un climat diplomatique particulièrement tendu. Le président américain Donald Trump avait multiplié les menaces ces derniers temps, affirmant que les États-Unis pourraient chercher à reprendre le contrôle de la voie navigable. Le chef d’État américain soutenait que le canal était, dans les faits, sous contrôle chinois. Une accusation que le Panama a toujours réfutée, rappelant sa souveraineté sur l’ouvrage depuis sa rétrocession par les États-Unis en 1999.
CK Hutchison gérait ces installations depuis 1997. La concession avait été renouvelée en 2021 pour une durée de 25 ans, avant d’être annulée par la décision de jeudi. Le canal, creusé au début du XXe siècle, reste une artère cruciale pour l’économie américaine, voyant transiter environ 40 % du trafic de conteneurs des États-Unis.
**Réactions contrastées entre Washington et Pékin**
La décision de l’AMP a suscité des réactions immédiates et opposées sur la scène internationale. Washington a salué cette transition, y voyant un rééquilibrage nécessaire. À l’inverse, le ministère chinois des Affaires étrangères, par la voix de son porte-parole Guo Jiakun, a averti que Pékin « prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger fermement les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises ».
De son côté, la société évincée, PPC, a contesté le fondement juridique de l’arrêt de la Cour suprême. L’opérateur sortant a alerté sur les risques que cette décision fait peser sur « le bien-être et la stabilité de milliers de familles panaméennes » dépendantes de ses activités portuaires.