C’est une page majeure de l’histoire politique et administrative du Sénégal qui se tourne dans la capitale française. Témoin privilégié de la naissance de la République et acteur clé de sa construction institutionnelle, un haut commis de l’État, dont la carrière s’étend de l’ère de la Fédération du Mali jusqu’au tournant des années 2000, a tiré sa révérence.
Christian Valantin est décédé à Paris à l’âge de 96 ans. Selon les informations rapportées par Sud Quotidien, cette figure emblématique de la vie publique sénégalaise laisse derrière elle un héritage dense, marqué par une proximité immédiate avec le président Léopold Sédar Senghor et une longévité parlementaire exceptionnelle.
**Au cœur du pouvoir senghorien**
Le parcours de Christian Valantin se confond avec les premières heures de l’indépendance. Diplômé de l’École nationale de la France d’outre-mer (ENFOM), il a occupé des fonctions stratégiques dès la fin des années 1950. Il fut d’abord chef de cabinet de Léopold Sédar Senghor lorsque ce dernier présidait l’Assemblée Fédérale du Mali (1959-1960). Après une parenthèse en tant que gouverneur de la région de Thiès entre 1961 et 1962, il retrouvera la présidence de la République pour diriger le cabinet du Chef de l’État de 1966 à 1968.
Au-delà de ses fonctions protocolaires, l’homme est reconnu pour avoir contribué à la structuration de l’administration sénégalaise. Il est notamment cité comme l’une des pierres angulaires du Bureau Organisation et Méthodes (B.O.M), structure centrale dans l’organisation de l’État. Sa plume a également servi à la rédaction de nombreux discours du président-poète, avec qui il partageait une complicité intellectuelle, illustrée par sa participation active au « Club Nation et Développement ».
**Trois décennies à l’Hémicycle**
Après l’exécutif, c’est au pouvoir législatif que Christian Valantin a consacré la majeure partie de sa vie publique. Il a siégé sans interruption à l’Assemblée nationale de 1968 à 2000, occupant le poste de premier vice-président durant ses sept dernières années de mandat. Cette période est décrite par ses contemporains comme une époque de débats parlementaires d’une grande densité intellectuelle.
Natif de Saint-Louis, fier de son identité de « Domou Ndar », il portait un regard critique sur l’évolution des mœurs politiques. Sud Quotidien rappelle ses regrets quant à la place prépondérante prise par les ressources financières dans la vie publique, affirmant que « l’argent a détruit le Sénégal » et que la politique, dans son expression moderne, avait perdu de vue l’intérêt général.
Christian Valantin sera inhumé à Saint-Louis, sa terre natale, conformément à ses dernières volontés.