Blocage du détroit d’Ormuz : la suspension des exportations gazières du Golfe fait la fortune inattendue de ce pays

La troisième semaine du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran engendre des répercussions majeures sur le commerce énergétique mondial. Face à l’insécurité grandissante dans le détroit d’Ormuz, le Qatar, Bahreïn et le Koweït ont pris la décision de suspendre leurs obligations liées aux exportations de gaz.

Depuis le début des hostilités le 28 février, la navigation dans le détroit d’Ormuz est sévèrement perturbée. Un commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique a déclaré la fermeture de ce passage stratégique, menaçant de cibler tout navire s’y aventurant. Cette position a été confirmée par le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, dans un contexte marqué par de multiples frappes sur les pays du Golfe.

Pour se prémunir des pénalités financières liées à la non-livraison de leurs hydrocarbures, QatarEnergy, la Kuwait Petroleum Corporation et Bapco Energies ont invoqué la clause de « force majeure ». Selon les éléments rapportés par Al Jazeera, ce mécanisme juridique permet à une entité d’être temporairement dispensée de ses obligations contractuelles lorsqu’un événement indépendant de sa volonté empêche leur exécution. Ilias Bantekas, professeur de droit transnational à l’Université Hamad bin Khalifa, précise que ces sociétés sont matériellement dans l’incapacité de livrer leurs cargaisons ou de les faire transiter par la région.

L’arrêt de la production de gaz naturel liquéfié (GNL) par le Qatar, qui pèse pour près de 20 % de l’offre mondiale, a immédiatement provoqué une flambée des cours. Les prix du baril de pétrole ont également franchi la barre des 100 dollars. Face à cette pénurie soudaine, l’Inde a appliqué des mesures d’urgence pour réorienter ses réserves gazières vers ses secteurs prioritaires, tels que les ménages et la production d’électricité. L’analyste Seb Kennedy souligne que cette situation injecte une incertitude extrême sur les marchés mondiaux.

Cette paralysie des approvisionnements redessine la carte des fournisseurs. Les exportateurs américains de GNL se retrouvent en position de capter la demande restante. Les projections d’Energy Flux indiquent qu’ils pourraient dégager des bénéfices exceptionnels estimés à 4 milliards de dollars dès le premier mois de blocage, un montant susceptible d’atteindre 108 milliards sur huit mois si la situation perdure. Ces dynamiques s’opèrent au détriment des consommateurs européens, tributaires du gaz américain pour reconstituer leurs stocks hivernaux, et des importateurs asiatiques, contraints de réduire leur consommation face à l’explosion des prix.

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