Bangladesh : outre les députés, l’autre décision majeure soumise au vote populaire pour sceller l’après-Hasina

Le 12 février marque une date charnière pour le Bangladesh. Pour la première fois depuis la chute du régime de Sheikh Hasina en 2024, environ 127 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Sous la supervision du gouvernement intérimaire dirigé par le prix Nobel Muhammad Yunus, ce rendez-vous électoral ne se limite pas au simple renouvellement de l’assemblée : il intègre un volet constitutionnel déterminant pour la refondation des institutions du pays.

La scène politique a radicalement changé depuis le soulèvement étudiant qui a mis fin au long règne de la Ligue Awami. Le parti dominant des dernières décennies est désormais exclu du jeu politique, et son ancienne dirigeante, condamnée à mort par un tribunal spécial pour la répression sanglante des manifestations, vit en exil en Inde. C’est dans ce contexte de rupture totale que s’organise le scrutin pour pourvoir les 350 sièges du Jatiya Sangsad, le parlement national.

**Une double consultation pour une nouvelle ère**

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, les citoyens ne se contenteront pas d’élire leurs députés. Ils devront simultanément se prononcer par référendum sur la Charte nationale de juillet 2025. Ce document, élaboré à la suite des mouvements de protestation, vise à établir de nouvelles règles de gouvernance. Muhammad Yunus, à la tête de l’exécutif provisoire, a fait de cette réforme un point central de son mandat, bien que la tenue de ce référendum suscite des débats juridiques sur sa constitutionnalité.

**Le duel pour le contrôle du Parlement**

En l’absence de la Ligue Awami, deux blocs principaux s’affrontent pour combler le vide politique. Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), dirigé par Tarique Rahman, fait figure de favori. Rentré de Londres fin 2025 après des années d’exil, le fils de l’ancienne Première ministre Khaleda Zia tente de positionner son parti comme une force libérale et inclusive. Un sondage de l’Institut républicain international le crédite de 33 % des intentions de vote.

Face au BNP se dresse la Jamaat-e-Islami. Cette formation islamiste, longtemps interdite, effectue un retour notable avec 29 % d’intentions de vote. Dirigée par Shafiqur Rahman, la Jamaat a noué une alliance stratégique avec le Parti national citoyen (NCP), issu du mouvement étudiant de 2024. Pour élargir sa base et contrer les inquiétudes sur les droits des minorités, le parti présente pour la première fois un candidat hindou.

**Le rôle clé de l’armée et l’ombre de l’exil**

La sécurité du processus électoral repose sur l’armée, sous le commandement du général Waker-Uz-Zaman. Ce dernier a assuré son soutien au gouvernement intérimaire pour maintenir l’ordre public, dans un pays encore marqué par l’instabilité politique. L’institution militaire reste un acteur incontournable pour garantir la transition.

Depuis l’Inde, Sheikh Hasina tente de peser sur les débats, qualifiant le gouvernement actuel d’illégitime et dénonçant l’exclusion de son parti. Cette ingérence à distance a provoqué de vives tensions diplomatiques, le ministère bangladais des Affaires étrangères reprochant à New Delhi de laisser une tribune à l’ancienne dirigeante, malgré les lourdes condamnations judiciaires qui la visent à Dacca.

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