À l’approche des élections générales du 12 février au Bangladesh, l’atmosphère à Dhaka est marquée par une effervescence politique inédite. Le départ de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina et l’interdiction faite à son parti, la Ligue Awami, ont dégagé l’horizon pour le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP). De retour d’un exil de 17 ans à Londres, son président par intérim, Tarique Rahman, mobilise les foules, comme en témoignent les rassemblements massifs à Gazipur. Pourtant, derrière cette démonstration de force apparente relayée par Al Jazeera, une fracture organisationnelle menace la cohésion de la formation politique favorite du scrutin.
Une discipline de parti mise à l’épreuve
Si le retour physique de Tarique Rahman, le 25 décembre dernier, visait à restaurer l’autorité centrale du parti, la réalité du terrain révèle une complexité inattendue. L’enthousiasme des militants se heurte à une indiscipline croissante au sein des rangs. Le défi majeur auquel le fils de l’ancienne Première ministre Khaleda Zia doit faire face ne vient pas de l’opposition, mais de ses propres troupes.
Les chiffres sont parlants : 92 candidats dissidents se présentent contre les investitures officielles du BNP dans 79 des 300 circonscriptions du pays. Pour Al Masud Hasanuzzaman, professeur de sciences politiques à l’université de Jahangirnagar, ce niveau de fragmentation interne semble supérieur à tout ce qui a été observé par le passé. Cette difficulté à unifier la base est corroborée par une étude récente de Transparency International Bangladesh, qui indique que 91 % des violences politiques enregistrées depuis août 2024 impliquent des militants du BNP, soulevant des doutes quant à la capacité de la direction à contrôler ses membres.
Le défi de la crédibilité et l’héritage du passé
Au-delà des enjeux organisationnels, la campagne de Tarique Rahman souffre d’un manque de préparation technique pointé par plusieurs observateurs. Des erreurs factuelles dans ses discours ont été relevées, notamment une affirmation erronée sur la production de soja dans le district de Faridpur ou des promesses jugées irréalistes, comme la plantation de 500 millions d’arbres. Dilara Chowdhury, analyste politique interrogée par notre source, estime que ces imprécisions, couplées à une longue absence du terrain, érodent la confiance des électeurs indécis.
Le candidat doit également composer avec un entourage controversé. Des cadres locaux déplorent l’influence prépondérante des conseillers revenus de Londres avec lui, perçus comme déconnectés des réalités actuelles du Bangladesh, au détriment de ceux qui ont subi la répression sur place durant la dernière décennie.
La perception de la corruption chez les jeunes électeurs
L’autre obstacle majeur réside dans l’image du parti auprès de la jeunesse. Les électeurs âgés de 18 à 26 ans, qui n’ont pas connu les précédentes mandatures du BNP, associent souvent la formation politique à des pratiques de corruption et d’extorsion (« chandabazi »). Bien que Tarique Rahman ait promis une ligne dure contre la corruption lors d’une allocution télévisée lundi, la nomination de 23 candidats en défaut de paiement bancaire pour ces élections brouille le message.
Tarique Rahman a publiquement présenté ses excuses pour les « erreurs involontaires » des gouvernements passés, promettant de bâtir un État responsable. Le scrutin du 12 février fera office de test décisif pour déterminer si le leader du BNP parviendra à transformer son capital symbolique en une gouvernance effective et disciplinée.