Le conflit russo-ukrainien continue d’étendre ses ramifications bien au-delà des frontières de l’Europe de l’Est, touchant directement la jeunesse africaine. Alors que les besoins en effectifs s’intensifient sur le terrain, de nouvelles données mises en lumière par nos confrères d’IGFM permettent aujourd’hui de quantifier l’implication des ressortissants du continent, et plus particulièrement le lourd tribut payé par les recrues sénégalaises.
La dynamique de recrutement de combattants étrangers par Moscou s’est considérablement accélérée ces trois dernières années. Selon les éléments de l’enquête relayés par IGFM, le nombre de recrues africaines enregistrées est passé de 177 en 2023 à 647 prévus pour l’année 2025. Au total, ce sont au moins 1 416 ressortissants africains qui ont signé un contrat militaire avec la Russie pour rejoindre les zones de combat.
Au sein de ce contingent, la présence sénégalaise est désormais documentée avec précision. Les chiffres indiquent que 14 Sénégalais se sont officiellement engagés dans ce conflit. L’aventure s’est révélée fatale pour une partie significative d’entre eux, puisque six de ces compatriotes ont perdu la vie lors des affrontements. Ces statistiques concernent les engagements formels au sein des unités combattantes et illustrent la réalité crue derrière les promesses d’engagement.
Le moteur principal de ces départs reste l’attrait financier, soigneusement orchestré par les recruteurs. Les conditions offertes sont conçues pour être particulièrement incitatives : une prime à la signature pouvant atteindre 30 000 dollars (plus de 16 millions de francs CFA) est proposée aux volontaires. À cette somme initiale s’ajoute un solde mensuel oscillant entre 2 200 et 2 500 dollars. Pour ceux qui survivent à l’épreuve du feu, le contrat promet une couverture maladie, une formation d’élite et, argument de poids, une procédure de naturalisation russe accélérée, bouclée entre trois et six mois.
Si le Sénégal est touché, d’autres nations africaines fournissent des effectifs plus importants. L’Égypte arrive en tête de ce classement avec 361 combattants recensés, suivie par le Cameroun (335) et le Ghana (234). Dans la sous-région, la Gambie compte 56 recrues et le Mali 51. Le profil type de ces engagés est un homme d’une moyenne d’âge de 31 ans, bien que la tranche des 18-25 ans soit fortement représentée avec 150 individus identifiés.
Il convient de noter que ces données ne couvrent pas l’intégralité du spectre de la collaboration. Elles excluent notamment les effectifs envoyés dans la zone industrielle d’Alabuya. Ce site, connu pour la fabrication de drones iraniens, dispose de son propre programme de recrutement ciblant spécifiquement les jeunes et les femmes issus du Sud Global, constituant une filière parallèle à l’engagement militaire direct.