C’est l’épilogue d’un marathon diplomatique entamé au début des années 2000. Après avoir longtemps buté sur des divergences stratégiques, l’Inde et l’Union européenne ont scellé, ce mardi, un rapprochement économique d’une envergure rarement égalée. Au-delà des poignées de main officielles à New Delhi, ce traité redéfinit les règles du jeu pour près de deux milliards de consommateurs et acte un changement de doctrine face aux turbulences du commerce mondial.
**Une levée massive des barrières douanières**
Le cœur du dispositif repose sur une libéralisation drastique des échanges. Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, le texte consacre l’élimination réciproque des droits de douane sur une large gamme de produits, transformant l’accès au marché indien, historiquement réputé pour son protectionnisme.
Les concessions obtenues par Bruxelles sont chiffrées et concernent des secteurs jusqu’ici lourdement taxés. Les droits de douane sur les véhicules fabriqués en Europe vont s’effondrer, passant de 110 % à 10 %. Le secteur viticole bénéficie d’une dynamique similaire, avec une réduction des taxes de 150 % à 20 %. D’autres produits de consommation courante, comme les pâtes alimentaires et le chocolat, voient leurs taxes de 50 % purement et simplement supprimées.
Pour l’Union européenne, l’impact financier est immédiat : Bruxelles estime que ces allégements permettront d’économiser jusqu’à 4 milliards d’euros par an.
**Un rempart stratégique face à la Chine et aux États-Unis**
Si les retombées comptables sont importantes, la portée politique de l’accord l’est tout autant. Dans un contexte marqué par l’incertitude géopolitique, les guerres commerciales initiées par les États-Unis et la domination manufacturière de la Chine, ce pacte fait office de « rempart ».
Le Premier ministre indien, Narendra Modi, a mis en avant les opportunités offertes par ce texte qui couvre désormais 25 % du PIB mondial. De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié ce rapprochement d’« accord de tous les accords », y voyant la preuve qu’une voie alternative est possible dans un monde fracturé.
L’Inde, qui affiche une croissance supérieure à 8 % et s’apprête à devenir la quatrième économie mondiale devant le Japon, cherche via ce partenariat à attirer les technologies et les investissements européens nécessaires à sa modernisation. En 2024, les échanges de marchandises entre les deux blocs atteignaient déjà 120 milliards d’euros, un chiffre appelé à croître significativement avec l’entrée en vigueur de ces nouvelles règles.