Au-delà du tourisme, la ressource stratégique du sous-sol cubain qui pèse dans la balance diplomatique américaine

La Havane traverse une crise humanitaire marquée par une pénurie de carburant qui paralyse quasi intégralement l’île de 11 millions d’habitants. Cette situation résulte directement du durcissement de la politique étrangère menée par l’administration Trump, dans le sillage de l’opération militaire américaine contre le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro. Si la pression exercée par Washington dépasse désormais le cadre de l’embargo historique, notamment par des menaces de tarifs douaniers contre les fournisseurs de pétrole, l’objectif final de cette stratégie reste flou aux yeux des observateurs internationaux.

Selon Al Jazeera, deux lignes s’affrontent au sein de l’exécutif américain. D’un côté, Donald Trump, fidèle à son image de négociateur, a laissé entendre aux journalistes qu’il cherchait à « conclure un accord » avec le gouvernement communiste de Miguel Diaz-Canel. De l’autre, une faction menée par le secrétaire d’État Marco Rubio privilégie un changement de régime radical, espérant que l’effondrement économique provoque la chute du système en place.

Notre rédaction note que cette ambiguïté complique la lecture de la situation. William LeoGrande, professeur à l’American University, identifie trois scénarios possibles : un accord aux contours indéfinis, un effondrement social total menant au chaos, ou une tentative d’installer un dirigeant plus souple, sur le modèle vénézuélien. Toutefois, cette dernière option se heurte à l’absence d’interlocuteurs identifiés au sein de l’appareil d’État cubain susceptibles de trahir la ligne du parti.

Si Cuba dispose de leviers économiques bien moindres que le Venezuela et ses réserves pétrolières, l’île détient un atout stratégique méconnu. Le sous-sol cubain abrite la troisième plus grande réserve mondiale de cobalt, un minerai critique indispensable à la fabrication des batteries lithium-ion et aux technologies avancées. Tiziano Breda, analyste pour l’ACLED, souligne que Trump pourrait tenter d’utiliser la pression économique pour obtenir des concessions sur ce terrain, mais aussi sur la coopération sécuritaire avec la Chine et la Russie.

Face à ces manœuvres, le président cubain Miguel Diaz-Canel a déclaré préparer un plan de défense en cas d’« état de guerre », tout en restant ouvert au dialogue sans conditions préalables. L’administration américaine a récemment classé Cuba comme une « menace inhabituelle et extraordinaire », citant la présence supposée de groupes comme le Hamas et le Hezbollah, bien que les experts jugent ces accusations peu étayées.

Le risque d’une impasse prolongée pourrait s’avérer contre-productif pour Washington. Une pression excessive risque de pousser La Havane à renforcer ses liens avec Moscou et Pékin pour assurer sa survie énergétique, tout en déclenchant une nouvelle vague migratoire vers les côtes américaines.

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