Une série d’attaques de drones attribuées à l’Iran contre des infrastructures énergétiques majeures au Qatar et en Arabie Saoudite a provoqué une onde de choc sur les marchés mondiaux, forçant l’arrêt de la production du plus grand producteur de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde et ravivant les craintes d’une extension du conflit au Moyen-Orient.
Cœur énergétique du Golfe sous le feu
QatarEnergy, le géant étatique qatari, a annoncé lundi la cessation de sa production de GNL. Dans un communiqué, l’entreprise a confirmé que ses installations dans les cités industrielles de Ras Laffan et Mesaieed avaient été la cible d’attaques militaires, sans toutefois rapporter de victimes humaines. Le ministère de la Défense qatari a précisé que deux drones lancés depuis l’Iran étaient à l’origine des frappes.
Simultanément, en Arabie Saoudite, la raffinerie de Ras Tanura, l’une des plus grandes au monde, a été visée. Le ministère saoudien de la Défense a fait état d’un « incendie mineur » après l’interception de deux drones. Bien que les autorités aient qualifié les dégâts de « limités », la production de certaines unités a été suspendue par mesure de précaution.
Une onde de choc sur les marchés mondiaux
La réaction des marchés ne s’est pas fait attendre. Peu après l’annonce de QatarEnergy, les prix du gaz naturel en Europe ont bondi de près de 50 %, illustrant la dépendance du continent aux approvisionnements qataris.
Ces attaques exacerbent une situation déjà tendue dans le détroit d’Ormuz, voie de passage stratégique pour près d’un cinquième du pétrole mondial et l’essentiel du GNL du Qatar. La perturbation du trafic maritime et la peur d’un conflit prolongé alimentent une hausse globale des prix du pétrole, menaçant de peser lourdement sur l’économie mondiale.
Une escalade dans un contexte régional explosif
Ces frappes s’inscrivent dans le cadre des représailles menées par l’Iran, qui visent principalement des cibles israéliennes et des installations militaires américaines dans la région. La réponse diplomatique a été rapide : les États-Unis, aux côtés de Bahreïn, la Jordanie, le Koweït, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, ont publié une déclaration commune condamnant les agressions iraniennes et affirmant leur droit à l’autodéfense. Riyad a par ailleurs promis de « prendre toutes les mesures nécessaires » pour protéger son territoire.
Analyse : le calcul de Téhéran face à un Golfe uni en apparence
Selon Rob Geist Pinfold, expert au King’s College de Londres, l’Iran « sait exactement ce qu’il fait » en ciblant les pays du Golfe. « Ces pays ont moins d’appétit pour un conflit qui, au fond, n’est pas le leur. L’Iran parie qu’ils feront pression pour un cessez-le-feu rapide », analyse-t-il. Cependant, l’expert souligne la « démonstration de force et d’unité » affichée par les monarchies du Golfe, du moins sur le plan rhétorique. « Ils tentent de faire passer le message qu’ils sont unis et résilients », poursuit-il, tout en notant que « sous la surface, il existe de profonds désaccords sur la manière d’aborder la question iranienne ».