Alors que le traité New START a expiré, la position adoptée par Moscou sur le plafonnement de son arsenal nucléaire

Le monde se trouve, pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, sans contrainte juridique contraignante sur les arsenaux stratégiques des deux plus grandes puissances nucléaires. Dans ce contexte d’incertitude marqué par l’expiration du traité New START au début du mois, la Russie vient de clarifier sa doctrine immédiate. D’après les éléments relayés par Al Jazeera, le chef de la diplomatie russe a défini devant le parlement la ligne que Moscou compte suivre, conditionnant sa retenue à une attitude spécifique attendue de la part de Washington.

Lors d’une allocution prononcée mercredi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a indiqué que le Kremlin ne se précipiterait pas pour développer ou déployer de nouvelles armes, nuançant ainsi les déclarations plus fermes tenues par son ministère la semaine précédente. Moscou s’engage à respecter les limites quantitatives fixées par l’accord désormais caduc, mais cette décision repose sur une réciprocité stricte.

« Nous partons du fait que ce moratoire, annoncé par notre président, reste en vigueur, mais uniquement tant que les États-Unis ne dépassent pas les limites fixées », a déclaré Sergey Lavrov. Le diplomate a ajouté que la Russie avait « des raisons de croire » que les Américains n’avaient pas l’intention d’abandonner ces seuils dans un avenir prévisible, sans toutefois préciser la source de cette évaluation.

Cette situation découle du refus du président américain Donald Trump de prolonger l’accord existant. Ce dernier avait rejeté une offre de Vladimir Putin visant à maintenir volontairement les termes du New START pour une année supplémentaire. Le chef de l’État américain plaide pour un traité « nouveau, amélioré et modernisé » plutôt que pour une simple extension du texte signé en 2010 par Barack Obama et Dmitri Medvedev.

L’équation se complique avec l’insistance de Washington à inclure la Chine dans les négociations, citant la croissance de son arsenal. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), le stock chinois augmente d’environ 100 têtes nucléaires par an depuis 2023. Cependant, Pékin refuse catégoriquement de participer, arguant du déséquilibre des forces : la Chine disposerait d’environ 600 têtes nucléaires, contre près de 4 000 pour la Russie et les États-Unis respectivement.

Face à cette impasse, Moscou a posé une condition supplémentaire pour tout nouvel accord élargi : si la Chine doit être incluse, les alliés nucléaires des États-Unis, à savoir le Royaume-Uni et la France, devront l’être également. Ces deux pays possèdent respectivement 290 et 225 têtes nucléaires.

Pour rappel, le traité New START limitait chaque partie à 1 550 têtes nucléaires stratégiques déployées, soit une réduction de près de 30 % par rapport aux seuils de 2002. Il prévoyait également un régime d’inspections sur site, suspendu durant la pandémie de COVID-19 et jamais rétabli depuis, la Russie ayant rejeté les demandes de visite en 2023 sur fond de tensions liées à la guerre en Ukraine.

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