C’est un constat d’urgence qu’a dressé le chef de l’État sud-africain lors de son discours annuel sur l’état de la nation. Alors que l’économie la plus industrialisée du continent fait face à une violence endémique qui menace, selon les mots du président, « la démocratie et le développement économique », le gouvernement a décidé de franchir un nouveau palier dans sa réponse sécuritaire. Pour endiguer la spirale de violence qui frappe les grandes métropoles, l’exécutif recourt à une intervention directe des forces de défense nationale.
Le président Cyril Ramaphosa a confirmé avoir donné instruction aux chefs de la police et de l’armée d’élaborer un plan d’action immédiat. La mesure phare de cette stratégie repose sur le déploiement de la Force de défense nationale sud-africaine (SANDF) pour épauler les services de police. Cette opération conjointe ciblera spécifiquement deux foyers de tension majeurs : la province du Cap-Occidental et celle du Gauteng.
**Une guerre ouverte contre les gangs et les « zama zamas »**
La situation sécuritaire décrite par nos confrères d’Al Jazeera est alarmante. L’Afrique du Sud enregistre l’un des taux d’homicide les plus élevés au monde, avec une moyenne de 60 morts par jour. Au Cap, les enfants se retrouvent pris entre les feux croisés des guerres de gangs, tandis qu’à Johannesburg, dans le Gauteng, ce sont les mineurs illégaux qui sèment la terreur.
Ces mineurs, surnommés « zama zamas », exploitent illégalement des gisements dans certaines des 6 000 mines abandonnées du pays. Souvent armés et liés à des syndicats du crime, ils sont accusés de chasser les habitants de leurs foyers. Le coût économique de ce fléau est colossal : en 2024, les autorités estiment que le commerce illégal de l’or a fait perdre plus de 3 milliards de dollars (environ 1 800 milliards FCFA) à l’État.
**Renforcement des effectifs et poursuites judiciaires**
Au-delà du volet militaire, le dispositif annoncé comprend le recrutement de 5 500 policiers supplémentaires et un renforcement des capacités de renseignement pour identifier les têtes de réseaux criminels. Le président a souligné que le coût de cette criminalité se mesure « en vies perdues et en avenirs brisés », pointant également la circulation massive d’armes à feu illégales malgré une législation stricte.
L’autre front ouvert par Cyril Ramaphosa concerne la crise de l’eau. Alors que des manifestations ont éclaté à Johannesburg après plus de 20 jours de robinets à sec dans certains quartiers, le chef de l’État a promis des poursuites pénales contre les responsables municipaux défaillants. « Nous demanderons des comptes à ceux qui négligent leur responsabilité de fournir de l’eau à notre peuple », a-t-il martelé, attribuant ces pénuries à une mauvaise maintenance des infrastructures et à une gestion locale inefficace.
Sur le plan diplomatique, le président sud-africain, à la tête du premier gouvernement de coalition depuis la fin de l’apartheid, a réitéré ses critiques envers les « nations puissantes ». Il a rappelé que les Sud-Africains ne pourraient se considérer totalement libres tant que les populations de Palestine, du Soudan ou du Sahara occidental subiraient « l’occupation et la guerre ».