À Gaza, un Ramadan sous les décombres et la faim

Le soleil se couche sur Gaza-ville, mais la lueur qui danse sur le visage de Nisreen Nassar ne vient pas du crépuscule. Penchée sur un four de fortune, elle alimente le feu avec du bois et des débris de plastique. Sa mission : cuire quelques galettes de pain pour que sa famille puisse rompre le jeûne. Une scène de survie quotidienne, à des années-lumière des promesses de paix.

Quatre mois après l’entrée en vigueur d’un « cessez-le-feu » négocié par les États-Unis en octobre, et alors même que le président américain Donald Trump tenait la première réunion de son « Conseil pour la paix », la réalité de la famille Nassar est celle d’un abri précaire dans une école abandonnée. « Nos espoirs pour ce Ramadan étaient qu’il soit meilleur que les précédents durant la guerre. Malheureusement, c’est pire », confie-t-elle au correspondant d’Al Jazeera.

Comme des milliers d’autres dans le nord de Gaza, les Nassar dépendent entièrement de l’aide humanitaire. Préparer l’Iftar, le repas de rupture du jeûne, est un défi permanent en raison de la pénurie de gaz.

Originaires de Beit Hanoon, Nisreen, son mari Thaer et leurs sept enfants ont tout perdu lorsque la guerre a éclaté en octobre 2023. Un conflit qui, selon le ministère de la Santé de Gaza, a déjà coûté la vie à plus de 72 000 personnes. Déplacés à de multiples reprises, de Beit Hanoon à Rafah puis Khan Younis, ils attendent aujourd’hui une décision qui leur permettrait de rentrer chez eux, ou du moins, vers ce qu’il en reste.

C’est leur troisième Ramadan dans les murs froids d’une salle de classe. Pour lits, le sol en béton. Pour toute richesse, quelques sacs de vêtements et des couvertures usées. La peur, elle, est omniprésente. « Mes enfants vivent dans la terreur, qu’ils sortent dans la rue ou restent ici », témoigne Thaer. Le bruit des tirs israéliens, en violation flagrante de l’accord de cessez-le-feu, hante leur quotidien. « Autrefois, ils connaissaient des jours meilleurs, ils jouaient au ballon, allaient à l’école, rentraient à la maison. »

Les chiffres officiels confirment ce sentiment d’insécurité : plus de 600 Palestiniens auraient été tués dans des attaques israéliennes depuis l’instauration de la trêve. Pourtant, face à un avenir plus qu’incertain, une force demeure. Pour beaucoup de ceux qui partagent cet abri, l’Iftar n’est pas seulement un repas. C’est la célébration d’une résilience spirituelle que la guerre n’a pas réussi à briser.

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