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Arrêté à Dakar puis relâché : Oumar Diaby fait son jihad en Syrie

Aliou FAMA Aliou FAMA 2014-04-12T11:58:23+00:00 Partages
Arrêté à Dakar puis relâché : Oumar Diaby fait son jihad en Syrie
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Oumar Diaby, ancien voyou niçois devenu chef des jihadistes français en Syrie, dirige une brigade de 80 combattants appelés les Fous d’Allah qui a fait allégeance à Al-Qaïda. Il a rallié le chaos syrien quelques jours après son arrestation et sa libération par la Dic qui n’avait pas retenu de charges contre lui.

Il suit son ombre d’islamiste partout pour nourrir sa foi de jihadiste. Arrêté en début mars par la Division des investigations criminelles (Dic), Oumar Diaby est présentement au cœur du chaos d’Alep où il dirige sa Katiba des Fous d’Allah. Comment est-ce-possible ? Allez savoir ! Mais, une seule certitude flotte sur l’air : à la suite de son arrestation et son audition, la Dic avait abandonné les charges qui pèsent sur lui. Confisqué, son passeport lui a été restitué par la police qui a levé en même temps l’interdiction de sortie du territoire national qui le frappait jusqu’ici. L’enquête policière s’arrête là.

Cité comme le cerveau de la cellule de recrutement de jihadistes sénégalais convoyés en Syrie, Oumar Diaby était sous les feux médiatiques jusqu’à son arrestation. Celle-ci avait pris bien sûr les accents de réconfort pour la famille Guèye qui l’accusait d’avoir endoctriné ses enfants. Clap de fin ! Et Oumar Diaby a repris le cours de sa vie… comme si de rien n’était. Ancien voyou niçois devenu chef des jihadistes français en Syrie, il dirige une brigade de 80 combattants. Dans un article daté du 23 mars 2014, Nouvel Observateur a croisé la route de «l’émir» des jihadistes français en Syrie.

Ce matin-là, Oumar Diaby est en voiture sur la route de Hraytan, au nord d’Alep, l’un des fiefs des rebelles islamistes en Syrie, raconte l’hebdomadaire français. Une main sur le volant, une autre sur son téléphone portable connecté à Facebook, ce Franco-Sénégalais devenu cet été «l”émir» des jihadistes français en Syrie est heureux d’annoncer au Nouvel Obser­vateur «une bonne nouvelle». Elle concerne Leïla, 15 ans, une jeune lycéenne d’Avignon qui a rejoint, en secret, le front syrien fin janvier. Les parents de la jeune fille sont au fond du gouffre. Surtout depuis qu’ils ont reçu deux appels téléphoniques inquiétants.

«Un premier interlocuteur parlant arabe et un autre français demandaient au père la main de sa fille, raconte Me Guy Guénoun, l’avocat de la famille. Le père a refusé, évidemment. Mais depuis, il n’a plus de nouvelles», précise l’avocat qui a porté plainte pour enlèvement d’enfant. «Leïla est en pleine forme, nous annonce, sur la messagerie électronique, «l’émir» Oumar Diaby. Je me suis opposé au mariage prévu, elle est beaucoup trop jeune et je la considère comme ma propre fille.»

Les dessous du recrutement

Pendant plus de trois semaines, durant le mois de mars, le Nouvel Observateur a entretenu une correspondance suivie sur Facebook avec l’homme qui dirige la principale katiba (brigade) française sur le front syrien. Ses confidences, aussi soigneusement recoupées que possible, racontent les dessous du recrutement de cette brigade d’environ 80 jeunes jihadistes français arrivés par grappes depuis cet été. Des Fous d’Allah dûment répertoriés par les services antiterroristes français et promis à de lourdes peines de prison pour terrorisme si jamais ils remettent les pieds en France. «De toute façon, je ne rentrerai que lorsque la guerre sera terminée et elle ne se finira que lorsque le Prophète re­viendra sur terre, ici à Damas», assure, mystique, Oumar Diaby.

Drôle de destin que celui de cet ancien caïd des quartiers né à Dakar il y a trente-huit ans, arrivé à Nice enfant et fréquentant les prisons de la Côte d’Azur depuis l’âge de 20 ans. Dès 1995, il prend cinq ans de détention criminelle après avoir tué un homme en le percutant avec sa voiture. L’en­quête avait montré qu’il s’agissait en fait d’un règlement de comptes entre deux bandes rivales des quartiers de l’Ariane et des Moulins. Diaby va mettre encore quelques années avant de quitter le crime crapuleux.

Islam radical
En 2002 et 2003, en voyou chevronné, il est mis en cause successivement dans les braquages de deux bijouteries à Monaco. Mais à sa sortie de prison, le grand banditisme n’est plus sa seule raison de vivre. Oumar Diaby a découvert l’islam radical. Entre deux business, il prêche dans les cités niçoises sous le nouveau nom de «frère Omsen» et se lance dès 2005 dans la production de vidéos islamistes, beaucoup plus efficaces sur son public en échec scolaire que la lecture des textes sacrés.
«Charismatique, il avait un vrai ascendant sur les petits jeunes du quartier Bon-Voyage, assure un membre de la communauté du renseignement antiterroriste. Une aura qui tenait plus à celle des grands frères des cités qu’à celle d’un savant de l’islam. D’ailleurs, il ne parle même pas arabe.» Frère Diaby apparaît un peu par hasard sur les radars de la police antiterroriste lors d’un banal contrôle d’identité à la gare de Nice en décembre 2011. L’homme, recherché depuis trois ans pour vol et recel en bande organisée dans le cadre d’un trafic de pièces automobiles volées, est arrêté. L’enquête établit qu’il avait prévu de s’embarquer pour la Tunisie et rejoindre ensuite l’Afghanistan des talibans via la Libye. «Peut-être mais sur le plan judiciaire, aucune infraction de type terroriste ne tenait», précise Me Houdé Zgaren-Khadraoui, son avocate d’alors.

«Jihadosphère»

Quelques jours plus tôt, Oumar Diaby, qui est déjà l’une des principales figures de la «Jihadosphère» française, avait pourtant organisé une importante choura (une réunion) islamiste. Parmi la trentaine de participants figuraient notamment trois jeunes originaires de la banlieue parisienne qui seront arrêtés par la police antiterroriste quel­ques mois plus tard dans la salle d’embarquement de l’aéroport Andrézieux Bouthéon de Saint-Etienne. Le trio de fidèles s’apprêtait à embarquer pour la Syrie via la Turquie.

Ils viennent d’écoper de deux à quatre ans de prison ferme pour «association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme».

La rencontre avec Diaby à Nice «leur a servi d’accélérateur de radicalisation», a estimé le procureur, à l’audience. Au moment de l’arrestation du trio d’apprentis jihadistes à Saint-Etienne, le prédicateur franco-sénégalais, remis en liberté avec un bracelet électronique au printemps 2012, s’apprête déjà à lancer une nouvelle cyber-offensive pour le jihad. Se sentant menacé d’expulsion, le Franco-Sénégalais a quitté l’appartement qu’il occupait dans le quartier Saint-Roch à Nice pour rentrer à Dakar.

Le sentier de la guerre sainte

C’est depuis le Sénégal que Diaby est parti sur le sentier de la guerre sainte. Après un détour par la Mauritanie, il embarque à Tunis avec une dizaine de frères pour rallier en bateau la Turquie puis entrer en Syrie, dans la région d’Alep, la capitale de la rébellion syrienne. Deux groupes salafistes armés y règnent : d’un côté le front al-Nosra, officiellement affilié à Al-Qaida, et de l’autre l’Etat islamique en Irak et au Levant (Eiil).

Après une période d’observation, Oumar Diaby, lui, se fixe du côté d’Al-Qaida. «Les gens de l’Eiil sont en fait des jeunes ignorants sans formation religieuse sérieuse, théorise-t-il. Et puis ce sont d’anciens voyous dont le comportement déviant ressort dès qu’on leur met des armes entre les mains», précise, plus terre-à-terre, l’ancien braqueur aujourd’hui repenti.
Le charisme du prédicateur franco-sénégalais fait son œuvre. Et sa petite entreprise ne semble pas connaître de crise : «Les combattants sont nourris et logés gratuitement, explique-t-il. Lors des combats, ils récupèrent le butin de guerre et on leur remet un peu d’argent pour leurs plaisirs personnels.»

La bonne cause d’Allah
A peine la katiba française en ordre de marche, Diaby repasse en Turquie, derrière la ligne de front à l’abri. Pour la bonne cause d’Allah bien sûr. Il s’agit cette fois-ci de rapatrier une partie de sa famille du Sénégal et de France. Etudiant grenoblois d’origine tunisienne, Bilal Benyamin, ne parle plus à personne. Le mois dernier, le jeune homme de 23 ans a pris une balle en plein cœur lors de l’attaque d’une position des chabiha, les milices pro-Assad. «C’est notre premier martyr», précise fièrement l’émir Diaby.

Le Quotidien

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