Virage à 180 degrés pour les finances locales : le dispositif technique qui met fin à la gestion annuelle des crédits

Réunis à Saly, les acteurs territoriaux et les représentants de l’État actent une transformation profonde de la gestion publique locale. L’époque où les investissements des mairies étaient contraints par une vision strictement annuelle est révolue. En application du décret n°2023-2161, une nouvelle architecture financière se met en place pour permettre aux collectivités de projeter leurs actions sur le long terme.

Ce changement de paradigme, qualifié de révolution normative, vise à corriger une rigidité administrative qui entravait jusqu’ici la réalisation de projets d’envergure. D’après les informations rapportées par Le Quotidien, l’atelier organisé à Mbour marque le début de l’appropriation du « Budget-programme », un système qui remplace la logique de moyens par une culture de la performance.

La fin des chantiers inachevés par manque de crédits

Jusqu’à présent, la règle de l’annualité budgétaire obligeait les communes à saucissonner leurs projets, risquant l’arrêt des travaux si les crédits n’étaient pas reportés l’année suivante. Le nouveau dispositif introduit une subtilité technique déterminante : le mécanisme des Autorisations de programme (Ap) et des Crédits de paiement (Cp).

Concrètement, cette méthode permet de valider l’enveloppe globale d’un projet sur plusieurs années (l’Autorisation de programme) tout en ne décaissant que la somme nécessaire pour l’année en cours (le Crédit de paiement). Cette approche sécurise la continuité des chantiers et évite les abandons fréquents faute de financement disponible à l’instant T.

Amoro Ntabe Badji, Directeur du secteur public local (Dspl) à la Direction générale de la comptabilité publique et du trésor (Dgcpt), précise que les investissements ne seront plus seulement gagés sur les ressources disponibles, mais pilotés par des indicateurs de résultats concrets.

Le numérique comme levier de transition

Pour rendre cette réforme opérationnelle, l’État déploie le logiciel de Gestion des finances locales (Gfiloc). Développé avec le soutien du Programme d’appui aux communes et agglomérations du Sénégal (Pacasen), cet outil devient le centre nerveux de la nouvelle gestion. Dès le cycle 2024-2025, l’évaluation des communes changera de nature : elle ne se fera plus sur la simple consommation des crédits, mais sur la cohérence entre les plans d’investissement (Pti et Pai) et l’exécution réelle.

Cette modernisation répond également à une exigence de transparence vis-à-vis des partenaires comme la Banque mondiale ou l’Agence française de développement (AFD), tout en renforçant la redevabilité envers les populations. Toutefois, la réussite de ce virage dépendra de la capacité des collectivités à surmonter le défi du renouvellement fréquent du personnel et de la fracture numérique dans certaines zones.

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Un commentaire

  1. Hourra on pourra endetter nos collectivités territoriales dans la durée au risque de les fragiliser d’avance vu qu’au Sénégal personne n’est comptable devant la loi.


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