Les rues de Caracas ont de nouveau vibré au rythme de la contestation ce jeudi, à l’occasion de la Journée nationale de la jeunesse. Alors que des milliers de manifestants défilaient pour marquer leur opposition au gouvernement de la présidente par intérim Delcy Rodriguez, l’attention politique se portait vers l’Assemblée nationale. L’organe législatif examine actuellement un texte potentiellement décisif pour l’apaisement du climat social, bien que ses contours suscitent déjà des interrogations précises quant à sa portée réelle.
Ces manifestations, marquées par des rassemblements rivaux entre opposants et partisans du gouvernement appelés à « inonder les rues », interviennent dans un contexte de transition complexe depuis la prise de fonction de Delcy Rodriguez en janvier, suite à l’intervention des États-Unis contre Nicolas Maduro. C’est dans ce climat tendu que les parlementaires débattent d’un projet de loi d’amnistie, présenté par l’exécutif comme un outil de réconciliation nationale.
Un périmètre d’application ciblé
Le projet de loi, annoncé le mois dernier par Mme Rodriguez, vise à « guérir les blessures » laissées par deux décennies de confrontation politique. Selon les éléments communiqués, le texte couvrirait la période allant de 1999 à nos jours. Il prévoit l’effacement des charges pour des délits tels que la trahison, le terrorisme et l’incitation à la haine, chefs d’accusation fréquemment utilisés pour écrouer les dissidents sous l’ère Maduro.
Cependant, le texte comporte des lignes rouges claires. D’après les informations relayées par notre source Al Jazeera, l’amnistie ne s’appliquera pas aux personnes condamnées pour meurtre, trafic de drogue, corruption ou violations des droits de l’homme. C’est précisément sur l’interprétation de ces exclusions et sur la transparence du processus que se cristallisent les inquiétudes des observateurs.
Des zones d’ombre soulevées par les défenseurs des droits
Si l’initiative est saluée comme une avancée par certains acteurs internationaux, dont Alex Neve de la Mission d’établissement des faits de l’ONU, la méfiance persiste. Les organisations de la société civile exigent d’être au centre du processus pour garantir son équité. Le groupe de défense des droits humains Foro Penal souligne un écart significatif entre les chiffres officiels et la réalité carcérale : alors que le gouvernement revendique des libérations massives, l’ONG recense encore plus de 600 prisonniers politiques en détention. Le cas de l’opposant Juan Pablo Guanipa, libéré puis placé en résidence surveillée, illustre ces incertitudes.
Le rôle ambigu de l’administration Trump
En arrière-plan de ces débats législatifs, les relations avec Washington connaissent une évolution notable. Le président américain Donald Trump a qualifié d’« extraordinaires » les relations actuelles avec le gouvernement Rodriguez. Cette déclaration survient alors que le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a effectué une visite inédite à Caracas pour discuter de production pétrolière, marquant le premier déplacement d’un membre du cabinet Trump dans le pays.
Parallèlement, Donald Trump a tenu à clarifier la chaîne de commandement diplomatique via son réseau Truth Social. Il a formellement démenti que le magnat du pétrole Harry Sargeant III dispose d’une quelconque autorité pour agir au nom des États-Unis au Venezuela, en réponse à des rapports médiatiques suggérant l’influence de ce donateur républicain sur l’accès aux réserves pétrolières vénézuéliennes.