La situation économique du Venezuela revient au centre des préoccupations internationales, alors que le pays traverse une transition politique majeure imposée par des événements récents. Coupé des institutions financières mondiales depuis plusieurs années, Caracas voit le Fonds Monétaire International (FMI) poser un nouveau regard sur ses finances, conditionné par une réalité politique bouleversée par l’intervention directe des États-Unis.
Selon les informations relayées par Al Jazeera, l’institution de Bretton Woods qualifie désormais la situation humanitaire et économique du Venezuela de « tout à fait fragile ». Julie Kozack, porte-parole du FMI, a souligné lors d’un point presse ce jeudi que l’organisation surveille de près les évolutions sur place, notant une inflation à trois chiffres et une dépréciation brutale de la monnaie. Ce diagnostic intervient dans un contexte de volatilité extrême, marqué par des changements politiques rapides après des années de contraction du PIB.
**Un bouleversement politique dicté par Washington**
L’analyse du FMI ne peut être dissociée du séisme politique survenu le mois dernier. L’enlèvement de l’ancien président Nicolas Maduro par l’armée américaine a radicalement modifié la donne. Alors que l’ex-chef d’État est actuellement détenu aux États-Unis pour faire face à des accusations de trafic de drogue, une administration intérimaire dirigée par Delcy Rodriguez tente de mettre en œuvre un plan de stabilisation.
Ce changement de leadership pourrait déverrouiller des mécanismes financiers bloqués depuis longtemps. Le FMI, qui n’a plus de relations formelles avec Caracas depuis 2019, précise que tout réengagement dépendra des directives de ses pays membres. Si les liens étaient rétablis, le Venezuela pourrait accéder à environ 4,9 milliards de dollars en Droits de Tirage Spéciaux (DTS). Ces réserves, dont la valeur est indexée sur cinq grandes devises mondiales, avaient été gelées il y a sept ans suite au refus du FMI de reconnaître la légitimité de Maduro.
**L’enjeu pétrolier et la stratégie de l’administration Trump**
Le rôle des États-Unis reste déterminant dans cette équation économique. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a indiqué que l’administration du président Donald Trump serait disposée à convertir ces DTS en dollars pour soutenir la reconstruction économique. Cette ouverture s’accompagne d’un assouplissement des sanctions sur le secteur énergétique, annoncé la semaine dernière par le Trésor américain.
L’intérêt de Washington pour les réserves pétrolières vénézuéliennes est manifeste. Donald Trump, citant les explorations américaines du XXe siècle, a qualifié la nationalisation du secteur par le Venezuela de « plus grand vol de propriété de l’histoire ». Depuis le changement de régime forcé, son gouvernement encourage activement les investissements étrangers. Des licences générales ont été émises, permettant à des géants comme Chevron, BP, Shell ou Repsol de mener des opérations et de conclure de nouveaux contrats avec la compagnie nationale PDVSA.
Malgré ces perspectives d’ouverture, la réalité sociale demeure critique. Selon les données du FMI, la dette publique avoisine les 180 % du PIB, sans compter les contentieux passés. Depuis 2014, environ 8 millions de personnes, soit un quart de la population, ont quitté le pays, créant l’une des crises de déplacement les plus importantes de l’histoire récente.