Un an après son décès, le procédé technique unique par lequel Jimmy Mbaye a réussi à africaniser le son de sa Fender

Il y a exactement douze mois, la scène musicale sénégalaise perdait l’une de ses figures les plus emblématiques, laissant un vide immense au sein du Super Étoile. Alors que le monde de la culture marque cette première année d’absence, le parcours de ce virtuose, né dans une famille de griots mais confronté à l’hostilité paternelle envers la musique, refait surface. Au-delà de la nostalgie, c’est l’héritage technique et l’ingéniosité instrumentale de l’artiste qui continuent de fasciner les mélomanes.

Né en 1957 à Dakar, Mamadou Mbaye, universellement connu sous le nom de Jimmy Mbaye, n’était pas prédestiné à la carrière qu’on lui connaît, du moins selon les vœux de son père. Issu d’une lignée de griots, il s’est heurté très tôt à la piété de son géniteur qui s’opposait fermement à ce que ses enfants embrassent la musique. Une interdiction qui n’a pas suffi à éteindre la vocation du jeune garçon. Dès l’âge de 10 ans, il confectionne sa propre guitare à l’aide de fil de pêche et de canettes, avant de recevoir son premier instrument acoustique des mains de son frère aîné, El Hadj. Ce n’est qu’à sa majorité, à 18 ans, qu’il acquiert sa première guitare électrique, une Fender Stratocaster, qui deviendra son instrument de prédilection.

La trajectoire de Jimmy Mbaye prend un tournant décisif en 1979 lors de sa rencontre avec Youssou N’Dour. Selon les informations rapportées par IGFM, cette collaboration aboutit deux ans plus tard à la fondation du Super Étoile de Dakar, aux côtés de figures telles que Mbaye Dièye Faye, Papa Oumar Ngom et Assane Thiam. Ce compagnonnage artistique, qui s’étendra sur plus de trois décennies, a permis de façonner l’identité sonore du Mbalax moderne.

Ce qui distinguait particulièrement le musicien, c’est sa capacité à transcender les limites de son instrument occidental. Jimmy Mbaye a développé une technique de jeu singulière, parvenant à reproduire les sonorités du n’goni et de la kora sur sa Fender Stratocaster. Cette innovation a donné naissance à des mélodies devenues cultes, notamment sur des titres comme « Yaye Digalma » ou « Boy Harlem », où la guitare ne se contente pas d’accompagner mais porte véritablement l’âme du morceau.

Outre son rôle pilier au sein du Super Étoile, le guitariste a mené une carrière solo jalonnée par trois albums : « Dakar Heat » en 1997, « Yaye Digalma » en 2004 et « Khare Dounya » en 2012. Sa virtuosité lui a également ouvert les portes de collaborations internationales prestigieuses, travaillant avec des artistes tels que Steve Reid et Peter Gabriel, ainsi qu’avec des voix majeures de la scène africaine comme Viviane Chidid et Oumou Sangaré.

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