Tensions USA-Iran : La doctrine psychologique exhumée des années 60 sur laquelle mise Donald Trump pour plier Téhéran

Juin 2025. Alors que les États-Unis venaient de frapper des sites nucléaires iraniens, le président Donald Trump s’empressait de déclarer que « l’heure est à la paix ». Aujourd’hui, la situation a radicalement changé : un porte-avions américain et d’importants moyens militaires font route vers les eaux iraniennes, accompagnés de menaces d’attaques d’une ampleur inédite. Derrière cette escalade apparente se cache une stratégie de négociation bien précise, théorisée il y a plus d’un demi-siècle.

Donald Trump affirme que ces manœuvres visent à convaincre les Iraniens d’accepter un accord global. Ce dernier inclurait l’arrêt effectif du programme nucléaire, la limitation du programme de missiles balistiques et la fin du soutien aux alliés de Téhéran à travers le Moyen-Orient. Pour parvenir à ses fins sans s’enliser dans une guerre longue, le président américain réactive une approche conceptuelle spécifique.

Une rationalité calculée dans l’irrationalité

Selon les analyses développées par Al Jazeera, Donald Trump cultive activement une image qui s’apparente à la « théorie du fou » (madman theory). Attribué à l’origine à l’ancien président américain Richard Nixon à la fin des années 1960, ce concept repose sur un principe psychologique simple : l’ennemi doit se demander jusqu’où son adversaire est prêt à aller, même si cela semble irrationnel.

Cette tactique vise deux objectifs : se distinguer des néoconservateurs responsables de l’occupation de l’Irak en 2003, tout en affaiblissant toute force régionale jugée menaçante pour les États-Unis ou Israël. L’idée est d’obtenir des « victoires » à court terme par la menace de la force, tout en évitant les engagements prolongés.

De l’assassinat de Soleimani à l’enlèvement de Maduro

Pour que cette théorie fonctionne, la menace doit être crédible. Durant son premier mandat, l’élimination du général iranien Qassem Soleimani en 2020 avait servi de preuve : Trump était prêt à prendre des risques de guerre directe que beaucoup d’experts jugeaient inconsidérés. Pour ce second mandat, le président américain a renforcé cette crédibilité par des actions hors normes, notamment l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro. Cet acte sert aujourd’hui de levier psychologique pour donner du poids aux menaces actuelles contre l’Iran.

Une application à géométrie variable selon les pays

Cette doctrine s’applique différemment selon l’interlocuteur. En Irak, la pression est économique : Trump menace de cesser toute aide si le politicien pro-iranien Nouri al-Maliki devient Premier ministre, favorisant le maintien de Mohammed Shia al-Sudani. En Syrie, la politique américaine se concentre sur un retrait progressif, s’appuyant sur des partenaires du Golfe comme l’Arabie saoudite et abandonnant les Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes.

Au Liban et à Gaza, l’objectif est le désarmement complet du Hezbollah et du Hamas. Cependant, cette exigence de désarmement total est perçue par ces groupes comme une défaite existentielle, rendant les négociations particulièrement complexes.

Le risque de l’impasse existentielle

La limite de cette stratégie réside dans la perception de la partie adverse. Téhéran, se basant sur les actions passées de Donald Trump, ne croit pas à sa volonté d’accord et perçoit ces manœuvres comme une menace directe pour la survie du régime. Contrairement à une négociation classique où des concessions sont possibles, l’Iran pourrait considérer qu’il n’a plus rien à perdre. Si la République islamique se sent marquée pour l’élimination, la pression militaire, aussi intense soit-elle, risque de ne plus produire l’effet de levier escompté.

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