Tensions communautaires en Inde : Le contenu du clip généré par IA qui a valu au BJP des accusations d’appel au meurtre

L’utilisation des nouvelles technologies dans la sphère politique indienne vient de franchir un cap inquiétant dans l’État de l’Assam. Alors que la région se prépare à des élections cruciales prévues pour mars ou avril, une vidéo diffusée par le parti au pouvoir a provoqué une onde de choc immédiate, obligeant ses auteurs à un retrait précipité face à la gravité des images.

Selon nos confrères d’Al Jazeera, le Bharatiya Janata Party (BJP), formation nationaliste hindoue du Premier ministre Narendra Modi, a partagé samedi dernier un clip d’une vingtaine de secondes sur les réseaux sociaux. La vidéo, loin d’être une captation réelle, se révèle être un montage généré par intelligence artificielle. Elle met en scène le ministre en chef de l’État, Himanta Biswa Sarma, dans une posture martiale, fusil à la main, sur fond de musique dramatique.

Ce qui a déclenché l’indignation n’est pas tant l’usage de l’IA que le scénario explicite qu’elle dépeint. Le montage, intitulé « Pas de pitié », montre le dirigeant politique faisant feu sur deux hommes musulmans, le tout accompagné de slogans tels que « Un Assam sans étrangers ». Une imagerie violente où le ministre apparaît également en tenue de cow-boy, pistolet au poing, brouillant la frontière entre communication politique et incitation virtuelle à l’élimination physique.

La réaction de l’opposition ne s’est pas fait attendre. Le Congrès national indien a qualifié la séquence d’« appel à la violence de masse et au génocide ». Face au tollé, la section locale du BJP a supprimé le contenu sans fournir d’explication officielle. Interrogé par la presse locale, Ranjib Kumar Sarma, un cadre du parti, a simplement botté en touche : « Il n’y a pas de commentaire. Cela a été supprimé. Il n’y a rien à dire. »

Cet incident s’inscrit dans un contexte de tensions communautaires exacerbées dans cet État du nord-est de l’Inde, où vivent plus de 12 millions de musulmans. Himanta Biswa Sarma est régulièrement pointé du doigt pour sa rhétorique visant spécifiquement les musulmans d’origine bengalie, qu’il qualifie de « Miya Muslims ». Le mois dernier, il avait exhorté les résidents à leur mener « la vie dure », suggérant même de sous-payer les conducteurs de pousse-pousse issus de cette communauté pour les forcer au départ.

L’usage de l’intelligence artificielle pour véhiculer ces messages de haine préoccupe les observateurs. En septembre dernier, une autre vidéo générée par IA, intitulée « L’Assam sans le BJP », dépeignait déjà un État envahi par des « immigrants illégaux ». Selon les données du India Hate Lab, le pays a enregistré plus de 1 300 événements liés aux discours de haine en 2025, dont la quasi-totalité visait la minorité musulmane.

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